La construction des barrages 

C’est au cours du 20e siècle que des campagnes archéologiques de grande envergure ont été entreprises en Nubie égyptienne et soudanaise. Les premières opérations archéologiques ont été réalisées à la suite de la construction et de l’agrandissement des barrages d’Assouan entre 1907 et 1934. En 1954, il a été décidé de construire le Haut Barrage d’Assouan en vue d’accroître la surface des terres arables et la production d’électricité. Ce barrage devait surélever les eaux du Nil d’Assouan jusqu’à Dal en Nubie soudanaise formant ainsi un immense lac long de plus de 500 km (nommé le « lac Nasser » en Égypte et le « lac Nubia » au Soudan). 

La campagne internationale 

En 1959, les gouvernements égyptien et soudanais ont sollicité l’aide de l’Unesco afin de protéger leurs pays et de sauvegarder les sites voués à la disparition sous les eaux du lac. En 1960, l’Unesco a lancé un appel aux États membres afin d’organiser une campagne internationale pour la sauvegarde des monuments de Nubie. Le Haut Barrage devant être mis en eau en 1964, les missions ont disposé de quatre ans pour fouiller, dresser l’inventaire des sites archéologiques et sauver les monuments de toute la Nubie. De nombreuses équipes furent mobilisées : 21 pays et 30 équipes archéologiques ont offert leur aide. Achevée en 1980, la campagne a connu un franc succès, permettant entre autres le recensement de mille sites archéologiques sur 160 km de la vallée du Nil. 

Le déplacement des temples 

Des temples entiers ont été déplacés nécessitant des moyens spectaculaires en particulier en Égypte : les Français ont œuvré sur le grand temple de Ramsès II à Abou Simbel, les Allemands ont déplacé le temple de Kalabcha. Les monuments les plus impressionnants de Nubie soudanaise, tels que les forteresses du Moyen Empire, n’ont pas pu être sauvés des eaux du lac du Haut-Barrage. C’est ainsi que Jean Vercoutter, Professeur d’Égyptologie à l’université de Lille (IPEL), obtint la concession de Mirgissa et y travailla de 1962 à 1968, date à laquelle le site fut recouvert par les eaux du lac. Il en est de même pour les nombreuses églises et notamment la cathédrale de Faras, dont les nombreuses peintures murales ont été sauvées pour être exposées aux musées de Khartoum et de Varsovie. Les trois petits temples de Bouhen, Semna et Koumma ont été remontés dans les jardins du musée national du Soudan.

Aminata Sackho-Autissier, musée du Louvre, département des Antiquités égyptiennes