Genèse et ancrage institutionnel

La Circulating Artefact Unit a été instituée à la suite de l’intégration de la National Corporation for Antiquities and Museums (NCAM) au programme initié en 2018 par le British Museum. Ce programme, placé sous l’égide du ministère britannique de la Culture, s’inscrit dans une stratégie globale de préservation du patrimoine archéologique d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Il vise à endiguer le trafic illicite et la dispersion des biens culturels au sein des maisons de ventes internationales, un segment de marché dont l’expansion corrobore l’intensification des pillages à l’échelle mondiale. Le volet consacré à la vallée du Nil a permis au Soudan de figurer parmi les nations pionnières. Dans ce cadre, la NCAM a bénéficié d’une formation spécialisée au British Museum (fig. 1). Son expertise, à la confluence de l’archéologie et du droit international, permet l’élaboration de rapports scientifiques rigoureux, l’étude de la provenance des artefacts et la coordination avec les instances de police internationale pour l’application des conventions de restitution.

Objectifs stratégiques et missions régaliennes

L’Unité se donne pour mission fondamentale la neutralisation des circuits de commerce illicite via les axes suivants : 

  • Veille et inventaire : recensement exhaustif des artefacts proposés sur les marchés européens et américains afin de constituer une base de données. 
  • Analyse de provenance : étude systématique de la traçabilité et des modalités d’acquisition des objets. 
  • Restitution et coopération : engagement de procédures de réclamation pour les biens soudanais et développement de partenariats stratégiques locaux et internationaux. 
  • Renforcement capacitaire : formation continue des membres de la NCAM et sensibilisation des forces de sécurité nationale aux enjeux de protection du patrimoine souverain. 
  • Cadre normatif : activation et mise en œuvre des instruments juridiques internationaux relatifs à la protection des biens culturels.

Fonctions opérationnelles et expertise technique

L’Unité déploie un protocole rigoureux pour la surveillance et la protection des collections : 

  • Traçabilité historique : suivi des biens spoliés anciennement réapparus sur le marché des enchères et vérification de la légalité des transactions passées, conformément aux accords internationaux. 
  • Ingénierie documentaire : développement d’une base de données électronique des objets volés et élaboration d’un catalogue recensant les « objets cibles » particulièrement prisés sur le marché noir. 
  • Coordination sécuritaire : liaison officielle avec les services de sécurité nationaux et les polices étrangères (Interpol) pour l’application de la législation soudanaise sur les antiquités.

Dispositif d’urgence face au conflit contemporain

Dans le contexte de la crise sécuritaire actuelle, l’Unité a mobilisé ses ressources pour répondre à l’urgence du pillage des collections nationales : 

  • Consortium international : établissement d’une plateforme d’échange d’informations avec le British Museum, le Musée du Louvre et la Section Française de la Direction des Antiquités du Soudan (SFDAS). 
  • Signalement international : inscription systématique des listes d’objets disparus dans la base de données d’Interpol. 
  • Projets numériques : développement, en synergie avec la SFDAS, du projet « Musée virtuel du Soudan » pour assurer la pérennité documentaire des fonds. 
  • Standardisation de l’alerte : mise à jour et inscription des objets spoliés sur la « Liste Rouge » de l’ICOM (Conseil International des Musées), outil indispensable pour alerter les services douaniers et les professionnels du marché de l’art.

Ikhlas Abd el-Latief, National Corporation for Antiquities and Museums