Un monument d’exception en Basse-Nubie 

La tombe de Djehutyhotep, initialement taillée dans une falaise de grès à Debeira Est, en Basse-Nubie, est l’un des monuments les plus exceptionnels de l’âge du Bronze tardif du Nouvel Empire en Nubie. Construite durant les règnes de Hatchepsout et Thoutmôsis III (vers 1479-1425 avant J.-C.), elle appartenait à Djehutyhotep – également connu sous le nom nubien de Paitsy –, un scribe et « prince » de Tehkhet ayant joué un rôle clé en tant qu’administrateur dans l’entreprise coloniale égyptienne en Nubie. L’architecture de la tombe reflète les idéaux de l’élite égyptienne transplantés en Nubie : une rampe ascendante conduisait à une entrée décorée d’un linteau et de montants inscrits, s’ouvrant sur une grande chapelle rectangulaire creusée dans la roche et ornée de magnifiques peintures murales. Depuis cette chambre principale, une porte orientale donnait accès à un sanctuaire ancestral qui abritait autrefois des statues de Djehutyhotep et de sa famille, tandis qu’un passage sud menait à une chambre latérale contenant un puits vertical donnant accès à plusieurs chambres funéraires. Cette organisation, combinant une chapelle rituelle avec des espaces funéraires souterrains, reprend le modèle des tombes de l’élite égyptienne dans des sites tels que la nécropole thébaine. Elle reste cependant unique en Nubie, où la plupart des tombes élitistes étaient dépourvues de telles caractéristiques élaborées. Ainsi, la tombe de Djehutyhotep constitue la plus ancienne tombe creusée dans la roche du Soudan. 

Un métissage artistique 

Le programme décoratif de la tombe souligne encore davantage sa singularité. Les murs de la chapelle étaient ornés de peintures vives dans le style égyptien, représentant notamment un banquet avec des musiciens, des inspections agricoles, et l’une des plus anciennes représentations de chars dans une tombe privée de la vallée du Nil. Ces scènes, tout en s’inspirant des modèles thébains, intègrent des éléments locaux tels que la musique de style nubien et des proportions corporelles distinctives, révélant un mélange culturel au sein d’un contexte colonial. Les inscriptions intégrées aux peintures soulignent l’autorité de Djehutyhotep, le présentant comme scribe et superviseur des travaux et de l’extraction des ressources. Les inscriptions de l’entrée proclament son titre de « prince de Tehkhet », le situant dans la lignée des chefs nubiens indigènes qui ont servi de médiateurs au contrôle égyptien en Nubie sous le Nouvel Empire. 

La tombe sauvée des eaux 

La tombe a été fouillée pour la première fois par Thabit Hassan Thabit pour le Service des Antiquités du Soudan en 1955. Dans les années 1960, la construction du Haut Barrage d’Assouan menaçait de submerger la tombe sous les eaux du lac de Nubie. Dans le cadre de la campagne internationale de l’Unesco, la tombe fut démantelée en 1963 – le premier monument de la Nubie soudanaise à subir ce processus – et transportée à Khartoum. Là, ses éléments les plus significatifs, de grands blocs ornés de peintures murales, des linteaux gravés et des montants, furent réassemblés en 1970 sur un monticule artificiel dans la cour du Musée National du Soudan, recréant l’apparence de la falaise où la tombe se trouvait à l’origine, dans le paysage désormais submergé de Debeira. 

Un symbole de la résilience du patrimoine soudanais 

Aujourd’hui, la tombe de Djehutyhotep demeure non seulement un témoignage de l’opulence et du rôle politique de certaines élites nubiennes sous domination égyptienne, mais aussi un symbole des complexités liées à la préservation du patrimoine en temps de crise, d’abord lors de la campagne de l’Unesco et aujourd’hui dans le contexte de la guerre qui menace l’avenir du peuple soudanais et de son patrimoine.

Rennan Lemos, Durham University, Department of Archaeology