- Accueil
- La protection du patrimoine soudanais depuis 2023
- La protection des sites archéologiques
- Le projet IMAHP (in Sudan)
Le contexte du projet
Depuis le déclenchement de la guerre au Soudan en avril 2023, les risques de dégradation et de pillage des sites archéologiques sont accrus. L’accès au pays étant pour le moment presque impossible pour la communauté scientifique internationale, il est difficile d’évaluer l’impact du conflit sur les monuments et les sites répartis sur ce vaste territoire. Face à cette situation urgente, la Section Française de la Direction des Antiquités du Soudan (SFDAS), en collaboration avec la National Corporation of Antiquities and Museums (NCAM) et l’UMR 7300 ESPACE (Université d’Aix-Marseille), a lancé le projet IMAHP (Innovative Monitoring Approaches for Heritage Protection), mobilisant les données précédemment collectées lors du projet SAHPP (Sudan Archaeological Heritage Protection Project). Le projet est financé par la fondation ALIPH et par le Ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères.
Les objectifs
L’objectif de ce projet est le développement d’un outil collaboratif de surveillance à distance du patrimoine qui utilise un système d’information géographique comme base de données (SIG) et une plateforme en ligne pour la consultation (WebSIG). Ce système permet de centraliser les informations archéologiques et de les combiner à des données d’analyse spatiale avancées afin d’identifier, de cartographier et de modéliser l’exposition potentielle des sites archéologiques aux risques de destruction. Le projet permet également de récupérer des archives partiellement perdues au moment du conflit et de les réintégrer dans un système structuré et durable.
Les différentes composantes
La première étape du projet consiste à mettre en place un SIG regroupant les données archéologiques connues des cinq sites principaux associés à la SFDAS. Cette phase de travail est menée en étroite coordination avec les personnels du service des antiquités présents au Caire (Comité d’urgence de la NCAM) et les agents travaillant dans les régions accessibles du Soudan.
Le second volet s’appuie sur les Systèmes d’Observation de la Terre (EOS) et sur des analyses spatiales avancées afin de modéliser et de cartographier les risques géographiques qui menacent les sites archéologiques. Ces risques sont liés à des dynamiques géomorphologiques, telles que les changements du cours du Nil, l’érosion ou l’ensablement, mais aussi à des transformations territoriales et sociétales plus larges : urbanisation, pression démographique, expansion agricole et exploitation minière illicite. Cette composante permet également de surveiller l’état des sites en quasi temps réel et de détecter les changements, notamment ceux liés aux activités de pillage.
Le troisième volet repose sur le développement d’un WebSIG, conçu pour combiner les données issues du SIG et les résultats produits par les analyses spatiales avancées. Il a pour but de permettre la visualisation, l’analyse et le partage des données à destination des chercheurs, des institutions et des acteurs de terrain. Des accès différenciés seront mis en place en coordination avec la NCAM afin d’assurer la protection des sites et d’éviter une diffusion trop large de certaines informations.
Actions de formation et perspectives
Le développement de cet outil de suivi des sites archéologiques offre l’occasion de proposer aux collaborateurs impliqués dans le projet des formations spécifiques au logiciel SIG utilisé, qui est disponible en accès ouvert et gratuit. Après les phases de test et d’alimentation, l’outil sera remis au Service des Antiquités du Soudan, qui continuera à l’enrichir régulièrement. Enfin, le projet vise à mettre à disposition des autorités un moyen rapide d’identifier les sites archéologiques pillés, afin de faciliter la lutte contre le trafic illicite des biens culturels.
Séverine Marchi, Section Française de la Direction des Antiquités du Soudan