De l’Antiquité au 18e siècle : des témoins contemporains de l’histoire du Soudan 

Dès l’Antiquité, et même dès la Préhistoire, le territoire soudanais est en lien avec les pays voisins dont les écrits témoignent de la vie d’alors, il est le « Pays de Kouch » des anciens Égyptiens. À partir du 5e siècle avant notre ère, les auteurs grecs livrent les récits basés sur des témoignages décrivant notamment le royaume de Méroé, une contrée aux confins des mondes connus et dans la sphère du commerce à longue distance. Cette région est « l’Éthiopie » du monde gréco-romain, une dénomination qui restera en usage jusqu’au 19e siècle. Quelques voyageurs témoignent de leur passage au Soudan durant les périodes médiévales qui voient l’avènement des royaumes chrétiens puis musulmans. Mais ce sont les grandes expéditions du 18e siècle et du 19e siècle qui font connaître le Soudan au plus grand nombre. 

Au 18e siècle, à la recherche des sources du Nil et l’intérêt croissant pour l’Afrique de l’est 

Au 18e siècle, l’Afrique de l’est attire les Européens qui sont à la recherche des sources du Nil en Nubie et en Abyssinie (actuelle Éthiopie). Le premier est James Bruce (1730-1794) qui voyage de 1768 à 1773 et publie le récit de son exploration en 1790. Après avoir atteint le lac Tana, source du Nil Bleu, il repart vers l’Égypte en repérant très certainement les ruines de Méroé. Au début du 19e siècle, envoyé par la Société africaine pour explorer le continent africain, Johann Ludwig Burckhardt (1784-1817) voyage jusqu’à Shendi près de Méroé, et son ouvrage est publié en 1819. Ces deux explorateurs fournissent des informations sur plusieurs sites historiques du Soudan. 

Au 19e siècle, à la recherche de l’Éthiopie antique, la redécouverte des sites historiques du Soudan 

Ces précurseurs ouvrent la voie alors à d’autres types d’expéditions à la recherche de cette « Éthiopie » des auteurs grecs et de la cité de Méroé. Les premiers voyages franchissent la première puis la deuxième cataracte qui est alors considérée au début du 19e siècle comme la limite entre la Nubie au nord et l’Éthiopie au sud. En 1820, deux voyageurs s’aventurent au-delà, Frédéric Cailliaud (1787-1869) et Louis Adolphe Maurice Linant de Bellefonds (1799-1883). L’un comme l’autre va à la découverte du Nil Blanc et du Nil Bleu. En publiant en 1826, et grâce aux nombreuses illustrations de son ouvrage, Cailliaud offre un recueil des sites visités à la communauté scientifique d’explorateurs et d’historiens de l’époque. Vingt ans plus tard, la grande expédition royale prussienne (1842-1845) dirigée par Lepsius (1810-1884) s’arrête à Méroé et va jusqu’à Soba sur le Nil Bleu. La publication de cette expédition devient alors une référence par la précision des relevés des sites archéologiques. 

Au 20e siècle, la naissance de la recherche archéologique au Soudan 

Ces explorations et ces reconnaissances ont suscité un intérêt important qui s’est concrétisé à la fin du 19e siècle avec les premières fouilles à Méroé et au Djebel Barkal. Les informations de ces expéditions du 19e siècle ont été également déterminantes car cette connaissance du patrimoine de Nubie a permis de mener des fouilles pour documenter des sites menacés et ce, dès le début du 20e siècle. Ces travaux archéologiques étaient une réponse à l’immersion imminente des sites générée par les constructions et les modifications des barrages à Assouan. La plus connue de ces campagnes de sauvetage est celle menée de 1959 à 1969 sous l’égide de l’Unesco qui a permis de sensibiliser la communauté internationale à la préservation du patrimoine culturel.

Marie Millet, musée du Louvre, département des Antiquités égyptiennes