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Le royaume de Napata et sa statuaire
À Napata, la capitale, et dans tout le territoire sous son contrôle – mais également dans l’Égypte conquise par Piânkhy vers 720 avant J.-C. et sous la 25edynastie – le mot chef d’œuvre paraît réservé à la sculpture produite dans les ateliers des rois de Kouch : les béliers d’Amon au nom de Taharqa de Kawa (SNM 2681), le colosse de Taharqa du Djebel Barkal (SNM 1841), le sarcophage d’Anlamani (SNM 1868), de sa pyramide à Nouri, tous taillés dans le granit gris des carrières de Tombos, à la troisième cataracte. Ces sculptures se caractérisent par un style qui n’appartient qu’à elles : copié des façons de faire égyptiennes les plus anciennes dans un goût archaïsant, il est adapté aux traits physiques comme aux costumes et aux couronnes – les regalia – des rois de Kouch. Le culte à la forme bélier du dieu Amon, inspiré des statues du temple de Soleb, y tient une très grande place. La statuaire de bronze napatéenne est particulièrement bien représentée avec ce pied de lit décoré d’une oie, trouvé dans la tombe d’une reine inconnue à el-Kourrou (SNM 1900).
Le royaume de Méroé et son syncrétisme artistique
Le « roi archer de Tabo », lui aussi de bronze, est ainsi désigné parce que le poucier qu’il porte à la main droite permet de restituer un arc dans sa main gauche (SNM 24705). Foisonnante de détails sur les représentations d’Amon et de Mout, la stèle du roi Amanikhabale (SNM 522) fut trouvée dans le grand temple d’Amon de la capitale du royaume. La tresse finement détaillée qui tombe de la couronne de la déesse est remarquable. Une coutume du bassin Méditerranéen voulait que l’on brise un verre à la santé du mort. Ce « calice » importé a été retrouvé dans une tombe de Sedeinga (SNM 20406). L’inscription grecque dit « Bois et tu vivras ! ». À Moussawarat es-Soufra, au temple du Lion, deux éléments de linteaux représentent Amon bélier au centre encadré de deux formes du dieu-lion Apédémak (SNM 18890). De la céramique méroïtique, pourtant si variée, ne retenons que cette jarre globulaire retrouvée dans un palais de Ouad ben Naga : son décor de bovins aux longues cornes et leur berger nous rappelle l’importance des troupeaux pour ces populations pastorales. Fermons la liste avec les deux colosses d’Argo, en façade du musée (SNM 23982 et SNM 23983). Non pas qu’ils soient de facture parfaite, mais le fait qu’il s’agisse des seuls colosses kouchites et leur très subtile iconographie justifient leur présence : l’un représente le roi défunt (l’Ancêtre), l’autre le roi enfant (l’Héritier).
Vincent Rondot, Musée du Louvre