Réhabiliter le Musée de Khartoum : un projet du Service des Antiquités du Soudan 

Le programme de réhabilitation du Musée national du Soudan constitue une intervention d’envergure nationale visant à sauvegarder la principale institution muséale du pays et à assurer la continuité de la mémoire culturelle en dépit des transitions politiques, de la crise sanitaire et du conflit armé. Dès 2019, une coordination a été établie avec le bureau de l’Unesco à Khartoum afin de mobiliser le soutien nécessaire aux besoins prioritaires de ce projet. Si le bureau régional a agi en tant qu’entité d’exécution, l’intégralité de la supervision scientifique, technique et muséologique a été exercée par le Service des Antiquités du Soudan (NCAM), par l’entremise de son département des musées. Le gouvernement italien a également apporté son concours technique et financier. 

Le projet face au contexte de crise 

L’expertise technique a confirmé que, depuis son inauguration en 1971, le Musée national du Soudan n’avait jamais fait l’objet d’une réhabilitation complète. En conséquence, l’envergure du projet a été révisée, passant d’une intervention partielle à un programme national global de réhabilitation et de modernisation. En 2020, la mise en œuvre sur site a été temporairement suspendue en raison de la pandémie de COVID-19. Cette période a toutefois été mise à profit pour poursuivre la planification interne, restructurer les concepts muséographiques et élaborer des méthodologies d’exposition modernes. Ce concept global révisé a reçu l’approbation technique de l’Unesco avant d’être officiellement relancé en 2021. 

Kouch au cœur de la modernité muséale 

La nouvelle philosophie d’exposition présente la civilisation soudanaise dans toute sa profondeur historique, replaçant le royaume de Kouch au centre en tant que puissance impériale régionale et soulignant l’influence politique, militaire et culturelle du Soudan en Afrique du Nord-Est. Sa réalisation a nécessité le déplacement de monuments monolithiques majeurs scellés depuis plus de cinquante ans – notamment les statues de Taharqa et d’Atlanersa ainsi que le sarcophage d’Anlamani – dont certains dépassent les quatre-vingts tonnes. Ces opérations complexes ont été intégralement exécutées par des professionnels soudanais via l’atelier technique de la NCAM. 

La pérennisation de la mémoire nationale 

La réhabilitation du Musée national du Soudan jette les bases d’une résilience institutionnelle à long terme, d’une préparation aux situations d’urgence et d’une protection pérenne du patrimoine. Elle réaffirme l’engagement du Soudan à préserver son histoire par le biais de ses compétences nationales et de sa souveraineté culturelle.

Ikhlas Abd el-Latief, National Corporation for Antiquities and Museums