Pas de musée sans chef-d’œuvre ! 

Le musée national du Soudan en compte plus d’un pour toutes les époques de son histoire antique, depuis la Préhistoire jusqu’à la fin du royaume de Méroé. Pour toutes les techniques et tous les savoir-faire, même si la sculpture se taille la part du lion. 

Des chefs-d’œuvre dès la Préhistoire 

À commencer par les deux figurines humaines retrouvées dans deux tombes du cimetière néolithique de Kadrouka (SNM 26861). Corps stylisés comme des fuseaux, yeux suggérés par des lignes incisées en font des témoignages uniques de la naissance de l’Art dans la Nubie soudanaise et ce n’est pas la première fois qu’on les compare à des sculptures de Brancusi. La céramique néolithique, elle aussi, se signale par sa beauté. Comme à toutes les époques, les morts sont accompagnés de vases en céramique dont ceux que l’on appelle les « caliciformes », montés au colombin et à décors géométriques imprimés au peigne (SNM 26899). 

Le royaume de Kerma et sa céramique 

Céramique encore, cette fois de la période kerma, avec la perfection des « vases tulipe ». Leur beauté intemporelle et immédiatement reconnaissable leur est donnée par la finesse de leurs parois, quelques millimètres tout au plus, et la distribution de leurs trois couleurs – noir lustré au col, bande médiane métal irisé et engobe ocre rouge polie pour la base – obtenue en enfouissant les vases ouverture vers le bas dans la cendre (SNM 1286). Parce qu’elle garde sans doute le souvenir d’une très ancienne fable ou comptine, et pour avoir été découverte dans l’un des tumuli du cimetière de Kerma, la cruche plastique du kerma classique qui représente, assis sur le bec verseur, un singe cercopithèque attaché par une corde à un piquet et vers lequel rampent deux crocodiles (SNM 1135) mérite sa place ici.

Vincent Rondot, Musée du Louvre