Émergence et contexte institutionnel du projet

En décembre 2025, la National Corporation for Antiquities and Museums (NCAM) et la Section Française de la Direction des Antiquités du Soudan (SFDAS) ont procédé au lancement officiel du « Musée virtuel du Soudan ». La genèse de ce projet s’inscrit dans un contexte de crise : initialement conceptualisée par la SFDAS lors de la relocalisation de l’institut de recherche au Caire fin 2023, la réalisation de cette plateforme s’est accélérée à la suite de l’annonce par la NCAM du pillage du Musée national en avril 2024.

De la réhabilitation physique à la sauvegarde numérique

L’ambitieuse campagne de réhabilitation engagée par la NCAM dès 2019 a été brutalement entravée par le déclenchement du conflit. Face à l’impossibilité de poursuivre les travaux physiques, la préservation de l’accès aux collections est devenue un impératif scientifique et éthique majeur. Cette synergie institutionnelle entre la NCAM et la SFDAS a ainsi donné naissance à un dispositif numérique inédit, visant à assurer le rayonnement international des collections soudanaises.

Enjeux patrimoniaux et lutte contre le trafic illicite

Ce portail numérique offre, pour la première fois, un accès pérenne à l’un des ensembles muséaux les plus significatifs du continent africain. Dans une conjoncture où ces fonds archéologiques et archivistiques sont soumis à une menace existentielle, le musée virtuel constitue un instrument de régulation primordial pour les autorités engagées dans la lutte contre le trafic illicite des biens culturels. Ce projet répond par ailleurs aux vives préoccupations de la communauté scientifique internationale quant à l’intégrité physique de ces vestiges.

Calendrier de déploiement et perspectives scientifiques

La mise en ligne du musée virtuel s’opère en deux étapes : 

  •  première phase (début 2026) : exploration des galeries s’étendant de la Préhistoire à la période napatéenne. 
  • seconde phase (mi-2026) : intégration des galeries dédiées aux époques méroïtique et médiévale, complétées par une exposition temporaire valorisant les missions archéologiques franco-soudanaises du 21e siècle. L’objectif est double, d’une part diffuser les résultats préliminaires de ce projet de conservation numérique, et d’autre part souligner la pérennité de l’engagement des chercheurs en faveur de l’enrichissement documentaire du patrimoine soudanais.

Faïza Drici, Section Française de la Direction des Antiquités du Soudan