Le carrefour des cultures soudanaises 

L’histoire du Soudan se lit aisément grâce à sa position géographique, entre le désert du Sahara à l’ouest et la mer Rouge à l’est, et traversé par le Nil du sud au nord. Depuis la désertification du Sahara, la vallée du Nil est devenue une voie de communication essentielle entre la face méditerranéenne de l’Afrique et ses régions subsahariennes. Le Soudan est, au cours des cinq derniers millénaires, une terre de rencontre et parfois de conflit entre des cultures très diverses. 

La naissance du musée national 

L’idée de la création d’un musée national du Soudan à Khartoum est née dans les années 1960 à la suite de la vaste campagne internationale de sauvetage des monuments de Nubie. Conduite sous l’égide de l’Unesco, cette opération est la conséquence de la décision, prise en 1959 par le Président Nasser, de construire un barrage à Assouan. La mise en eau du réservoir allait noyer un large territoire entre les deux premières cataractes du Nil et donc une partie de la Nubie soudanaise. Trois temples entiers – Bouhen, Semna, Koumma – sont ainsi transportés à Khartoum sur un terrain suffisamment vaste pour leur adjoindre un bâtiment, futur musée destiné à abriter les objets archéologiques déjà réunis par les années de recherche menées dans plusieurs régions du Soudan. Le jardin archéologique s’organise autour d’un lac artificiel de 200 m de long sur 10 m de large, représentant le Nil. Les monuments déplacés furent réédifiés de part et d’autre de ce lac, reflétant leurs emplacements d’origine en Nubie, sur les deux rives du Nil. 

De l’inauguration de 1971 au défi virtuel 

Riche d’artefacts très divers, le musée national est inauguré en 1971. Depuis, les collections n’ont cessé de croître au point qu’une rénovation du bâtiment et un renouvellement de la scénographie ont été proposés en 2018. En 2023, alors que les premiers travaux sont engagés, l’opération est interrompue par la guerre et, dans les mois qui suivent, le musée subira un pillage de grande ampleur. La création d’un musée virtuel – sous le pilotage de la NCAM et de la SFDAS – devient alors une nécessité afin de valoriser et de protéger ces collections uniques comme exceptionnelles.

Faïza Drici, Section Française de la Direction des Antiquités du Soudan