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  • Capitale de la province romaine

En 106 apr. J.-C., sans doute en profitant de la mort du roi Rabbel II, le gouverneur de Syrie Aulus Cornelius Palma décida d’annexer son royaume et d’en faire une nouvelle province romaine, l’Arabie.

Ère de la province

Le rôle primordial de Bostra fut aussitôt souligné de plusieurs manières. D’une part, un camp légionnaire fut installé au nord de la ville, tout contre le rempart. D’autre part, on avait jusque-là l’habitude de dater les documents par l’année de règne du roi. On aurait pu employer les dates consulaires, ou les années de règne des empereurs ; on préféra créer une nouvelle ère provinciale, débutant le 22 mars 106. Or, cette ère fut appelée indifféremment « ère de la province » ou « ère de Bostra ». Cela confirme le rôle prééminent de la ville et son statut de capitale.

Très tôt, au plus tard vers 120, Bostra fut dotée des institutions municipales à la grecque qui faisaient d’elle une cité (polis), c’est-à-dire une communauté reconnue, jouissant d’une relative autonomie administrative. Cela impliquait qu’on la dote d’un territoire et d’un monnayage propre. Signe de son statut privilégié, Nea Traianè Bostra – « Nouvelle Trajane Bostra », son nom officiel – bat monnaie de façon irrégulière, comme les autres cités de la région.

Pour satisfaire les besoins de ces nouveaux résidents et des notables locaux en voie d’hellénisation, la ville se transforme et se couvre d’édifices nouveaux, thermes, nymphée, théâtre, cirque, et peut-être amphithéâtre. L’époque des Sévères (193-235) marque sans doute un premier apogée de la ville. Les principaux aménagements nouveaux semblent achevés et la ville possède cet aspect de «belle ville » dont parle une inscription. Avec ses rues à portiques et ses nombreux édifices publics, elle ne diffère guère des autres grandes villes de Syrie, si ce n’est par le choix du matériau, le basalte omniprésent, mais largement recouvert de marbre ou de stucs. 

Changement de statut

Dans le courant du IIIe siècle, Bostra change de statut. Cité (polis) depuis Trajan, elle devient colonie romaine sous Sévère Alexandre (222-235). Des monnaies représentent la fondation symbolique de la colonie sous la forme d’un attelage de bœufs traçant le sillon délimitant la nouvelle colonie. Pendant que Bostra acquiert ces nouveaux titres, la province dont elle est la capitale change de limites. Sous les Sévères, la frontière entre Syrie et Arabie est reportée vers le nord, sans doute jusqu’à la pointe nord du Lejâ et au nord du Jabal al-‘Arab. Ainsi, tout le Hauran dépend désormais du gouverneur de Bostra, y compris les vastes domaines impériaux qui ont pris la place des anciens États hérodiens, autour de Sanamein et sans doute sur le Lejâ. Les inscriptions grecques et, plus rarement, latines que le visiteur peut apercevoir à travers toute la ville et sur ses principaux monuments, témoignent de l’ancrage des habitudes gréco-romaines en ce domaine.

La reprise de la guerre avec les Perses sassanides à partir de 230 et le passage répété des armées romaines en Syrie du Nord n’affectent pas réellement Bostra et sa région, placées loin du front. C’est aussi à l’époque des Sévères que s’affiche de façon certaine à Bostra une communauté chrétienne. Diverses pieuses légendes la font remonter aux temps apostoliques, mais les premières attestations sûres remontent à la première moitié du IIIe siècle (existence d’un évêque vers 210).