Croatie - Il y a 2 100 ans

L’épave Poreč 1

En 2020, des travaux de réaménagement du front de mer méridional de la ville de Poreč, en Istrie, ont conduit à la découverte d’une épave de bateau cousu, près d’un quai en pierres de taille appartenant aux infrastructures portuaires d’époque romaine.

Vue aérienne de la péninsule où était située la ville antique de Poreč. Le front de mer méridional est visible au premier plan. © Zavičajni Muzej Poreštine

La construction de Poreč 1 a été datée avec précision entre 94 et 72 av. J.‑C. Cette information est particulièrement importante car elle prouve que les charpentiers de marine istriens utilisaient les des coutures pour assembler leurs bateaux avant la fondation de la colonie de Parentium, traditionnellement attribuée à l’époque césarienne (environ 45 av. J.‑C.).

Des planches cousues

L’étude de Poreč 1 a permis de constater que cette barque cousue, d’une longueur estimée de 7,5 mètres, présentait les mêmes caractéristiques architecturales observées sur l’épave Pula 2, découverte lors des fouilles du port antique de la colonie istrienne Pietas Iulia Pola, et sur les épaves de Caska en Dalmatie. 

Contrairement à ces épaves, Poreč 1 a également restitué le massif d’emplanture du mât, une pièce dotée d’une cavité à l’intérieur de laquelle était logé le pied du mât. Cet élément architectural confirme que ce type d’embarcation cousue, utilisée le long des côtes d’Istrie et de Dalmatie, était propulsée à la voile et à la rame.

L’épave de Poreč a été démontée et les pièces de bois envoyée à l’atelier de restauration ARC-Nucléart (Grenoble) qui en a réalisé le traitement de conservation. Lors de l’étude complémentaire réalisée en France en 2021, deux particularités très intéressantes ont pu être observées.

Une coque colorée et une pièce de seconde main

Les analyses ont détecté, sur la surface externe de la coque, des traces d’un colorant rouge à base de cinabre, un minéral composé de sulfure de mercure. Il s’agit d’une découverte peu commune car les pigments sont difficilement mis en évidence sur le bois des épaves antiques, alors que les représentations iconographiques montrent des coques de bateaux aux couleurs vives et aux riches décorations. Un aspect qui est aussi remarqué par les auteurs anciens.

La deuxième particularité concerne la quille de Poreč 1 qui a été fabriquée avec une pièce de réemploi provenant d’un bateau assemblé à tenons et mortaises (à l'aide de languettes de bois insérées dans des encoches pratiquées dans l'épaisseur des planches de la coque). 

Ce réemploi est remarquable à plusieurs égards. Il témoigne non seulement d’une forme d’opportunisme assez courante à l’époque antique, mais peut-être également de problèmes d’approvisionnement, ou de pratiques de chantiers aux ressources économiques limitées. 

D’autre part, la pièce de réemploi observée dans la quille de Poreč 1 confirme que les charpentiers istriens, bien que connaissant l’assemblage à tenons et mortaises, qui prédomine en Méditerranée à l’époque, continuaient à coudre les planches de leurs bateaux selon des techniques ancestrales qu’ils maîtrisaient.

Le marquage, un repère important

Au cours de la fouille, chaque élément de la coque a été identifié à l’aide d’étiquettes portant des codes composés de chiffres et de lettres. Les assemblages ont été marqués avec des épingles à tête plastifiée afin qu’ils ressortent clairement sur les photographies et, tout particulièrement, sur les modèles photogrammétriques tridimensionnels qui servent à élaborer une partie de la documentation archéologique.

Les codes permettent d’identifier et de différencier les pièces les unes des autres, notamment lorsque des échantillons sont prélevés pour être analysés en laboratoire. De plus, ils s’avèrent être une aide fondamentale pendant les phases de conservation, de restauration et de mise sur support, car ils permettent de retrouver la position exacte de chaque fragment.

Ce système de marquage est couramment employé dans les fouilles sous-marines et subaquatiques (insérer des liens vers les autres fiches du programme Adriboats ?), mais il est également très utile dans le cas d’épaves découvertes à terre en milieu humide, comme les deux épaves fouillées à Pula.