Croatie - Il y a 1 900 ans

Les épaves de Pula

C’est dans le centre-ville de Pula, rue Flacius, que durant l’été 2013 a été menée la première opération archéologique préventive portant sur des vestiges de bateaux en milieu humide portuaire jamais réalisée en Croatie.

Les épaves de Pula dans la tranchée de fouille, rue Flacius. © AMI/Tajana Brajković

Les épaves, appelées Pula 1 et Pula 2, ont été découvertes à une profondeur de cinq mètres, à environ deux mètres sous le niveau moyen actuel de la mer. La fouille a donc nécessité la mise en place d’un système de pompage efficace afin de travailler « à sec », les conditions hygrométriques nécessaires à la bonne conservation du bois durant l’opération étant assurées par un système d’aspersion.

Un riche dépotoir portuaire

Pula 1 est la première épave qui a été dégagée. Elle correspond à un voilier qui devait mesurer à l’origine une quinzaine de mètres de long. Pula 2, plus petite, a été mise au jour à proximité. Cette seconde épave correspond à une barque côtière d’environ huit à neuf mètres de long, à propulsion mixte, à la rame et à la voile. L’assemblage des planches de la coque (le bordé) est assuré dans les deux cas par des coutures, mais selon des schémas légèrement différents. 

Par leurs spécificités au niveau de la structure et des systèmes de propulsion, les deux épaves cousues de Pula démontrent qu’au sein de la même tradition de construction navale existaient des types de bateaux aux formes, tailles et fonctions diverses.

Il est intéressant de constater que Pula 2 présente pratiquement les mêmes caractéristiques architecturales observées sur les vestiges de bateaux cousus découverts en Istrie et en Dalmatie.

Toutefois, les sédiments portuaires dissimulaient non seulement des fonds de carène de bateaux cousus de construction et d’origine locale, mais également des pièces disjointes de bateaux construits à tenons et mortaises (à l'aide de languettes de bois insérées dans des encoches pratiquées dans l'épaisseur des planches de la coque) selon une technique très répandue dans les chantiers navals de Méditerranée à l’époque gréco-romaine.

Les épaves de Pula, ainsi que les amphores, la vaisselle et les petits objets découverts lors des fouilles, constituent des témoignages précieux da vie quotidienne et des activités commerciales de la colonie Pietas Iulia Pola

De la fouille au musée

Au terme des opérations de terrain, les épaves et les autres éléments en bois ont été récupérés et immergés dans une grande piscine d’eau douce située à l’intérieur du chantier naval Uljanik, situé à quelques encablures du lieu de découverte.

Une fois désalinisés, les bois ont été transportés en France où ils ont été pris en charge par l’atelier de restauration Arc-Nucléart de Grenoble. L’épave Pula  2 a été traitée de 2016 à 2017, Pula 1 de 2020 à 2022. Après nettoyage, analyse et documentation, les vestiges ont été imprégnés avec une résine, le Polyéthylène Glycol (PEG) puis séchés par lyophilisation, un procédé qui consiste à retirer l’eau à l’aide d’une surgélation suivie d’une évaporation sous vide de la glace (sublimation).

Toutes les pièces ont ensuite été numérisées en trois dimensions. Cette documentation est un complément important pour l’étude de restitution des formes et des structures d’origine, mais elle est aussi utile pour concevoir les supports d’exposition car les épaves de Pula seront valorisées avec celle de Zambratija au sein d’un nouveau musée en cours de construction à Pula.