Croatie - Il y a 1 500 ans

L’épave de Pakoštane

Les fouilles sous-marines de l'épave de Pakoštane ont marqué le début d’une collaboration fructueuse entre les équipes croates et françaises, qui a conduit à la création de la mission Adriboats, active en Croatie depuis 2010.

L’épave de Pakoštane au terme de la campagne de 2008. © CNRS/CCJ/Philippe Groscaux

Le site de Pakoštane présentait les caractéristiques idéales (faible profondeur, grande visibilité, logistique légère, etc.) pour devenir, dans le cadre du programme Adriboats, un chantier pilote consacré à la formation d’étudiants et de jeunes chercheurs français, croates et d’autres nationalités aux méthodes et aux problématiques scientifiques de l’archéologie navale et, plus largement, maritime.

La petite ville touristique de Pakoštane est située en Dalmatie septentrionale entre les deux centres urbains de Zadar (au nord) et de Šibenik (au sud). Son port fait face à trois petits îlots appelés, du nord au sud, Babuljaš, Veli Školj et Sveta Juština. C’est entre Veli Školj et Sveta Juština, à très faible profondeur (2,5 m), que se situe l’épave, objet des recherches franco-croates.

Complètement aplatis sur le fond rocheux, les vestiges sont conservés sur 11 m de long et 7 m de large. Malgré l’extrême fragmentation du mobilier céramique mis au jour, il a été possible d’établir que le navire transportait une cargaison d’origine africaine et était équipé d’un foyer installé à poste fixe. Le mobilier de bord comptait des vases de stockage et des céramiques culinaires ainsi que de la vaisselle fine de service. Cette céramique a permis de dater le naufrage entre le dernier quart du IVe et le premier quart du Ve siècle apr. J.-C.

Un voilier très réparé

L’épave se singularise par la présence d’un grand nombre de réparations de type différent. Par exemple, les nœuds et les fentes présents sur les planches ont été réparés avec de petites plaquettes en plomb clouées sur le bois. Cette intense activité de raccommodage semble due à l’utilisation de bois de conifères de mauvaise qualité. Cette hypothèse est confirmée par l’extrême hétérogénéité des bois employés pour les autres éléments de la structure (pas moins de 21 essences !) de ce voilier dont on peut estimer qu’il devait mesurer à l’origine entre 15 et 20 m de long.

Échouage ou abandon intentionnel ?

Les raisons du naufrage du navire sont incertaines. Néanmoins, deux hypothèses peuvent être avancées. Le bateau, après avoir heurté violemment un haut-fond, a continué sa navigation pour venir s’échouer près de la plage ou a été abandonné intentionnellement n’étant plus apte à la navigation car très ancien et maintes fois réparé.

Quelles que soient les raisons du naufrage (échouage ou abandon), l’épave témoigne de l’importance de Pakoštane pour l’étude de la navigation le long de la côte dalmate à l’Antiquité tardive. En effet, ce site constituait le débouché maritime naturel de la riche région environnante entourant le lac de Vrana et a toujours constitué un abri sûr pour les navires voulant remonter le dangereux canal de Pašman et ainsi rejoindre Zadar et les centres de l’Adriatique septentrionale.