Croatie - Il y a entre 2 200 et 1 600 ans

Archéologie fluviale à Sisak

La rivière Kupa, Colapis de son nom ancien, est un affluent de la Save et appartient au bassin hydrographique du Danube moyen. Peu investiguée, son potentiel archéologique est considérable comme l’a démontré la fouille subaquatique du chaland de Kamensko.

Travaux sur des pirogues découvertes à Sisak en 2022. © CNRS, CCJ/Philippe Soubias

Sisak, anciennement Siscia, est un site idéal pour étudier la batellerie et le paysage fluvial de la Kupa, une rivière qui occupait une position stratégique entre la Pannonie et la Méditerranée, ainsi qu’entre la péninsule italienne et les Balkans.

Sisak, une ville avec un riche patrimoine archéologique

Siscia a été fondée vers 35 av. J.-C., après la conquête et la destruction du site celto-illyrien de Segestica par le futur empereur Octave. La nouvelle ville prospéra grâce à sa situation exceptionnelle au confluent de la Kupa et de la Save, et obtint par la suite le statut de colonie. Peuplée par des vétérans des flottes de Misène et de Ravenne, elle devint la capitale de la Pannonia Savia sous l'empereur Dioclétien. D’après une mention dans la Notitia Dignitatum du début du Ve s. apr. J.-C., Siscia fut le siège d’une partie de la flotte romaine de Pannonie, la Classis Pannonica

Sisak est une ville qui recèle un riche patrimoine archéologique. Les fouilles menées par le Musée archéologique de Zagreb et celles préventives placées sous la direction des archéologues du musée municipal ont considérablement enrichi les connaissances sur cet important centre et son territoire.

Des nouvelles recherches d’archéologie fluviale

Les dragages opérés dans la Kupa du XIXe et au XXe siècles ont enrichi d’une multitude d’artefacts les musées de Budapest et de Zagreb. Cargaisons et objets perdus ou jetés dans la rivière témoignent du dynamisme économique de la ville qui entretenait un lien très fort avec la Kupa et les autres cours d’eau proches. 

Depuis 2021, la mission Adriboats réalise un programme de recherches systématiques d’archéologie fluviale dans la rivière Kupa au niveau de la ville de Sisak, en liaison avec l’entreprise NavArchos et les archéologues du musée municipale. La zone d’intervention est délimitée par les deux ponts modernes, le pont Gromova situé au nord et le pont Stari Most situé au sud.

Des nouvelles découvertes

Les recherches ont permis de localiser les vestiges de maçonneries appartenant aux fortifications de la colonie de Siscia en aval du pont Gromova. Ces maçonneries se sont écroulées dans la rivière et sont un témoin important des dynamiques fluviales et des phénomènes d’érosion qui ont façonné au cours de siècles la rive gauche de la Kupa.

Des pieux de grand diamètre appartenant à un pont traditionnellement attribué à l’époque romaine et des sections des tuyaux en plomb d’un aqueduc traversant le cours d’eau ont également été localisés en amont du pont Stari Most.

Une riche collection de pirogues

Les prospections subaquatiques ont également permis de découvrir un certain nombre de pirogues. Cinq ont fait l’objet de fouilles et ont été datées au radiocarbone entre le IIe siècle av. J.-C. et la fin de l’Antiquité. 

Toutes ont été creusées dans de troncs de chêne de très grand diamètre. Certaines présentent des spécificités, telles que des réparations ou des aménagements particuliers, tandis que d’autres sont inachevées.

Le chaland Sisak 1

Le chaland Sisak 1 a été découvert dans les années 1980 en rive droite de la Kupa dans une zone appelée localement Kovnica, un terme croate qui signifie « monnaie » en français. 

Il s’agit d’une épave particulièrement intéressante car les planches de la coque ont été assemblées en utilisant des agrafes métalliques, une caractéristique qui a permis de rattacher cette découverte à une tradition de construction navale propre au bassin hydrographique du Danube moyen et, notamment, à l’épave de chaland de Kamensko, investigué dans le cadre de la mission Adriboats de 2015 à 2018.

La première campagne réalisée en aout 2025, a permis de dégager l’épave Sisak 1 sur une longueur de 12 mètres et une largeur conservée de 3,34 mètres. Toutefois, du moment qu’un des flancs a été détruit, la largeur totale devait être plus importante tout comme la longueur d’origine. En effet, une extrémité a été emportée par la rivière, l’autre se trouve peut-être encore ensevelie sous les sédiments de la berge. En tout cas, ce chaland à fond plat de construction massive pouvait certainement transporter bien plus de marchandises que le chaland de Kamensko.

Sisak 1 a été trouvé dans une zone où se trouvent également une multitude de grand pieux en bois, traditionnellement interprétés comme les vestiges d’une installation portuaire. Les recherches futures permettront de déterminer si le chaland a été abandonné près de cette structure ou s’il a été réutilisé à des fins spécifiques. 

La mission est soutenue par le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères.