Il y a 1800 ans - France

L'agglomération antique de Grand

Le village de Grand a suscité, dès le XVIIIe siècle, l’intérêt des archéologues, qui ont révélé la monumentalité de certains monuments, notamment son amphithéâtre, l’un des plus importants de la Gaule. Les recherches actuelles ont comme objectif de mieux comprendre cette agglomération antique qui a livré ces exceptionnelles tablettes.

Amphithéâtre de Grand. © Office du Tourisme Ouest Vosges

Une agglomération aux édifices très originaux

La basilique et sa mosaïque

Découverte en 1883, cette basilique abrite une mosaïque de 232 m2, l’une des plus vastes conservées en France. La partie centrale du tapis se distingue par son riche décor géométrique ainsi que par la présence de deux félins, un ours et un sanglier. Ces animaux encadrent l’emblema partiellement conservé où subsistent néanmoins deux personnages évoquant une comédie grecque du poète Méandre. Cet édifice était vraisemblablement l’une des constructions les plus imposantes qui se dressait au centre de l’agglomération antique. Son plan à abside, très courant dans l’Antiquité, renvoie à des fonctions diverses qui constituent autant d’hypothèses : lieu de réunion pour l’administration locale (tribunal), temple ou encore salle de réception du siège d’une corporation (schola). 

Un amphithéâtre à l’est de l’agglomération

Bien que n’ayant pas le statut de capitale de cité, Grand – dont le nom antique est inconnu – était doté d’un amphithéâtre, long de 148 m et qui pouvait accueillir entre 16 et 17 000 spectateurs. Implanté dans un vallon, il se distingue par son plan original : la partie sud est adossée à la pente, tandis qu’une façade monumentale se dressait au nord.

Les deux arcades visibles appartenaient à la façade du monument. Cette partie de l’amphithéâtre se distingue par l’emploi de gros blocs de pierre qui résulte vraisemblablement d’une phase de réfection. Afin de protéger ce calcaire, particulièrement fragile, une couverture en bois a été installée en 1995. Cette architecture restitue une partie des dispositifs d’origine (voutes du corridor, escaliers, gradins) permettant ainsi de restituer en partie les volumes de l'édifice.

Un rempart à la datation encore incertaine

Encore partiellement en élévation au XVIIIe siècle, l’enceinte de Grand se développe sur près d’une vingtaine d’hectares et est tangente, à l’ouest, à la voie concentrique évoquée précédemment. D’une emprise totale d’environ 17 hectares, ce rempart protégeait le vallon dans lequel étaient implantés la source ainsi que plusieurs bâtiments publics au nombre desquels un vaste bâtiment au plan de basilique.

Cette fortification était dotée de plusieurs portes et de nombreuses tours circulaires d’un diamètre allant de 6 à 10 m. À quelques exceptions près, les enceintes ont été construites dans le nord de la Gaule aux IIIe et IVe siècles, dans le contexte d’insécurité que connaissait alors cette partie de l’Empire romain. La qualité et les caractéristiques techniques du rempart de Grand ont amené très tôt les archéologues à proposer qu’il ait été construit à la fin du Ier siècle, lors de la paix romaine.

Les tablettes zodiacales : une découverte exceptionnelle

C’est au cours de la fouille de l’un des nombreux puits du village que sont mis au jour, en 1967, une dizaine de fragments de tablettes en ivoire, à près de 8 m de profondeur. En juillet 1968, la fouille du fond du puits dans des conditions difficiles, mais les archéologues parviennent à recueillir 188 fragments qui se révélèrent être de deux diptyques en ivoire richement ornés.

Des diptyques en ivoire au fond d’un puits

L’agglomération antique de Grand a la particularité d’être implantée sur un plateau calcaire démuni de cours d’eau. Cette singularité explique l’existence de très nombreux puits et de citernes qui ont livré, depuis le XIXe siècle, de nombreuses sculptures, statuettes, ainsi que des objets les plus divers et les plus originaux comme les tablettes astrologiques. C’est à la faveur d’une opération de remembrement que Chantal et Jean-Paul Bertaux mettent au jour, dans un puits du sud de l’agglomération, les fragments de deux diptyques en ivoire dont la couleur brune est due à un séjour prolongé dans l’eau.

Ces tablettes, brisées intentionnellement et rejetées dans ce puits, étaient associées à un ensemble d’objets hétéroclites de la fin du IIe siècle qui évoquent des déchets domestiques : céramiques, parures, épingles à cheveux, ainsi que de la faune. Leur analyse a révélé la présence d’une trentaine d’animaux parmi lesquels des espèces sauvages (sanglier, chevreuil oiseaux) et domestiques (porcs, chiens, bœufs…).

Un riche décor gravé rehaussé de couleurs

L’étude menée par Jean-Yves Béal a démontré que l’ivoire, provenant de défense d’éléphant d’une taille importante, avait été gravé au ciseau et à la gouge. Si les figures conservent pour certaines des traces de pigments et de dorure, il est également possible que certaines parties, notamment les étoiles périphériques, aient été enduites de peinture, comme le suggère la présence de plages sur creusées. Une étude en cours au Centre de restauration des musées de France devrait apporter de nouvelles informations sur cette polychromie. Ainsi, il faut imaginer que ces tablettes devaient avoir un aspect bien différent avec la teinte claire de l’ivoire et des rehauts de couleur. La gamme chromatique utilisée est définitivement perdue, mais il est possible qu’elle répondait à une symbolique en relation avec le contenu des tablettes.

Une carte céleste et zodiacale

Au centre de chacun des diptyques règnent Sol et Luna identifiables à leurs attributs: coiffure radiée et fouet pour le Soleil (Hélios ou Apollon), croissant pour la Lune (Séléné ou Phoebe). Les douze signes du Zodiaque qui les environnent, réalisés à partir d’un modèle égyptien, sont surmontés des cinq lettres de l’alphabet grec signifiant le domaine des planètes dans chacun d’eux. Les figures égyptisantes de la troisième couronne sont regroupées par trois, en relation avec les décans. Ces figures forment un ensemble de référence pour les représentations astrologiques, au côté du planisphère Bianchini découvert à Rome. Le nom des décans est reporté au-dessus, en copte ancien. Enfin, les créatures ailées qui se développent dans les angles peuvent être interprétées comme une évocation des Vents qui font mouvoir l’Univers, évoqué ici par des étoiles.

Un support pour la divination

Cette carte céleste et zodiacale est issue d’une tradition savante hermétique originaire vraisemblablement du milieu gréco-égyptien et doit être mise en relation avec d’autres représentations similaires, notamment celles de Douch (oasis de Kharga) dont la taille et donc le caractère portable peuvent être rapprochés de l’exemplaire de Grand. Contrastant avec la taille des représentations zodiacales de certains temples égyptiens – notamment le plafond du temple de Dendera conservé au Louvre –, ces tablettes étaient des objets appelés à voyager et ne devaient être ouvertes que dans le cadre très restreint de la consultation astrologique. Non accessibles par le simple profane, ces tablettes servaient de support à l’établissement d’horoscopes, ainsi que pour l’astrologie médicale, mais pouvaient aussi donner lieu à la pratique de la magie, ces deux approches étant complémentaires dans l’Antiquité.

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