Iran - Il y a 2 500 ans

Persépolis

Situé en Iran méridional, Persépolis constitue un site majeur du patrimoine iranien et abrite certaines des réalisations les plus majestueuses de l’architecture royale achéménide. À partir du dernier quart du VIe s. av. J.-C., il a constitué pour le territoire des Perses un vaste centre régional dont la morphologie reste largement à définir.

Vue de la « Porte des nations » et de la plaine de Persépolis à l'ouest de la terrasse. © Mission archéologique irano-française « Shiraz » à Persépolis / Bernard-Noël Chagny, 2004

À partir des années 520 av. J.-C., Darius le Grand dote Persépolis d’imposants ensembles monumentaux qui seront progressivement enrichis par ses successeurs. À Takht‑e Jamshid, une terrasse de 12 ha porte les vestiges de nombreux grands bâtiments à colonnes. À Naqsh‑e Rustam, 6 km plus au nord, de hautes falaises abritent une nécropole constituée d’imposantes tombes royales rupestres. Ces deux sites ont longtemps concentré l’intérêt des archéologues, limitant Persépolis à ses fonctions symboliques et cérémonielles. Des recherches récentes ont démontré que les autres composantes de la ville ainsi que des domaines agricoles se répartissaient dans la plaine fertile entre la terrasse et la nécropole.

Persépolis, une ville ?

Comme Pasargades, situé à une quarantaine de kilomètres au nord-est, Persépolis constituait un haut-lieu dynastique achéménide, une des résidences temporaires des grands rois perses ainsi qu’un centre administratif et économique. Néanmoins, le site ne renvoie que difficilement l’image « classique » d’une ville. Sur les quelques kilomètres carrés compris entre la terrasse et la nécropole, rien n’indique dans le paysage actuel la présence d’espaces densément urbanisés. Pourtant, des recherches épigraphiques ont démontré que Persépolis était un centre économique et administratif actif concentrant une population diversifiée ainsi qu’un centre de production abritant de nombreux domaines agricoles. Ces résultats proviennent du déchiffrement, toujours en cours, de dizaines de milliers de tablettes administrative en argile inscrites en cunéiforme, majoritairement en langue élamite, retrouvées au cours des premières fouilles menées sur la terrasse dans les années 1930. Depuis les années 2000, plusieurs équipes archéologiques irano-internationales cherchent à restituer la morphologie de la ville en explorant la plaine à l’ouest de la terrasse.

La terrasse au centre d’un plus vaste secteur monumental

Les fouilles conduites à Persépolis entre les années 1930 et 1970 avaient déjà démontré que la terrasse n’était nullement isolée. Au sud, un ensemble d’une dizaine de grands bâtiments ont été mis au jour sur près de 5 ha. À l’est, sur le versant de la montagne, une partie d’un rempart en brique crue a été dégagée. Ce rempart enserrait une surface d’une quinzaine d’hectares et protégeait entre autres deux tombes royales rupestres, semblables à celles de Naqsh‑e Rustam, qui devaient accueillir les dépouilles des derniers souverains achéménides. Plus récemment, en 2012, lors de travaux de cartographie géophysique menés dans des champs situés à 500 m au nord de la terrasse, les restes d’un complexe s’étendant sur près de 1 ha ont été détectés. Son plan et la présence en surface de fragments de bases de colonnes sculptées comparables à celles conservées sur la terrasse suggèrent l’existence d’un grand bâtiment officiel achéménide à cet endroit. La terrasse constituait donc l’élément central d’un plus vaste secteur monumental de plusieurs dizaines d’hectares dont les différentes constructions pouvaient abriter une partie de l’aristocratie, du personnel administratif, ainsi que des espaces de stockage.

Ville jardin à l’ouest de la terrasse

À l’époque des premières fouilles, de nombreux tepes, qui sont des petits reliefs créés par l’érosion d'anciennes constructions en terre, parsemaient la plaine à l’ouest de la terrasse. Depuis lors, les travaux agricoles ont fait disparaître ce riche paysage archéologique. À partir de 2005, les prospections ont toutefois mis en évidence des zones de concentrations de céramiques en surface, derniers témoins visibles des occupations anciennes. Dans une de ces zones, des sondages ont mis au jour les restes de fours semi-enterrés prouvant la présence d’un secteur artisanal. Ces espaces d’habitats et d’activités étaient intégrés à un réseau orthogonal de fossés, destiné au drainage et/ou à l’irrigation, mis en évidence sur plusieurs dizaines d’hectares grâce à des prospections géophysiques. Nombre des parcelles délimitées par ces fossés sont apparemment restées libres de toute construction. Il pourrait s’agir d’espaces cultivés, exploités par les domaines agricoles situés dans l’emprise de Persépolis dont la présence est attestée dans les archives administratives. À l’époque achéménide, Persépolis à l’ouest de la terrasse présentait donc un paysage très ouvert où les constructions abritant la population et leurs activités se répartissaient au milieu de parcs, de vergers, de champs et de jardins. 

Persépolis avant la construction de la terrasse

À 3,5 km à l’ouest de la terrasse, dans le secteur de Bagh‑e Firuzi, les restes d’une douzaine de sites achéménides émergent des champs cultivés. Répartis sur près de 150 ha, la plupart conservent des éléments d’architecture en pierre de style achéménide. Un site, Tol‑e Ajori, se distingue par la présence exceptionnelle de nombreux fragments de briques cuites en surface. En 2005, les prospections géophysiques ont démontré la présence sur ce site d’un grand bâtiment de forme quadrangulaire à salle centrale unique. Initiées en 2011, des fouilles ont mis au jour les restes d’un bâtiment construit sur le modèle de la porte d’Ishtar à Babylone et reprenant presqu’à l’identique son programme ornemental, en particulier des panneaux de briques émaillées à décors en bas-relief représentant des lions, des taureaux ou des dragons. Les données obtenues démontrent également que cet édifice a très probablement été construit avant la terrasse. Tol‑e Ajori pourrait en outre constituer l’entrée monumentale d’un plus vaste complexe formé par d’autres bâtiments en partie préservés dans le secteur de Bagh‑e Firuzi. Un important domaine royal existait donc sans doute dans la plaine de Persépolis avant l’avènement de Darius.

La mission irano-française « Shiraz » a travaillé à Persépolis de 2005 à 2008 sous la codirection de Rémy Boucharlat, Mohammad Feizkhah et Kourosh Mohammadkhani. Les travaux en Iran étaient mis en œuvre en collaboration avec : Ministry of Cultural Heritage, Tourism and Handicrafts ; Research Institute for Cultural Heritage and Tourism ; Iranian Center for Archaeological Research ; Parsa Pasargadae Research Foundation. En France, le programme est soutenu par : ministère de l'Europe et des Affaires étrangères sur l’avis de la Commission consultative des recherches archéologiques françaises à l’étranger ; laboratoire UMR 5133 Archéorient ; fédération de recherche FR 3747 Maison de l’Orient et de la Méditerranée (CNRS et Université Lyon 2. Entre 2012 et 2016, une collaboration a été nouée avec la mission irano-italienne « From Palace to Town » de fouilles à Persépolis Ouest et à Bagh-e Firuzi. Ce projet était alors codirigé par Alireza Askari Chaverdi de l’université de Shiraz et Pierfrancesco Callieri de l’université de Bologne. Ces travaux en commun ont été mis en œuvre grâce un financement européen Marie Sklodowska-Curie Actions accordé au projet SELOPerse « Settlement and Landscape Organisation of the Persepolis Region » accordé à Sébastien Gondet entre 2012 et 2014.

Direction des programmes de recherche sur le site

  • 1931-1934 : Ernst Herzfeld (fouilles et restaurations/reconstructions sur la terrasse de Takht-e Jamshid, prospections et sondages aux alentours
  • 1935-1939 : Erich Schmidt (fouilles sur la terrasse et dans la nécropole de Naqsh-e Rustam)
  • 1941-1961 : Ali Sami (fouilles et restaurations sur la terrasse et, au sud, dans le secteur du Barzan-e Jenoubi)
  • 1964-1978 : Giuseppe Tilia (restaurations et études architecturales sur la terrasse, prospections et sondages dans la plaine à l’ouest)
  • 1969-1972 : Ali Akbar Tadjvidi (fouilles à l’est et au sud de la terrasse)
  • Depuis 2002 : équipes de la Parsa Pasargadae Research Foundation (PPRF) (restaurations, fouilles préventives et programmées, prospections sur l’ensemble de la région de Persépolis)
  • 2005-2008 ; 2012-2016 : Rémy Boucharlat, Mohammad Feizkhah, Sébastien Gondet, Kourosh Mohammadkhani (prospections dans la plaine de Persépolis)
  • Depuis 2008 : Alireza Askari Chaverdi, Pierfranceso Callieri, Emad Matin, Luca Colliva (fouilles, sondages et prospections à Persépolis Ouest et à Bagh-e Firuzi) 

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