Arabie Saoudite - 2e millénaire av. J.-C. à aujourd'hui

L’oasis d’Al-Ula

S’étirant sur plus de 2000 hectares, l’oasis d’Al-Ula est l'une des oasis les plus importantes d'Arabie. Elle a prospéré depuis la préhistoire grâce à sa longue tradition de gestion de l’eau et des sols et à son implantation sur les routes de commerce et de pèlerinage. Aujourd’hui, un nouveau projet archéologique enquête sur son histoire.

Un nouvel apport à la compréhension des oasis

Pendant longtemps, les oasis ont été considérées comme des paysages intemporels, fantasmés et leur étude reste rare dans la péninsule arabique. De récentes recherches définissent cependant les oasis comme des paysages anthropiques complexes et dynamiques des régions arides.

En 2019, l'Agence française pour le développement d'Al-Ula (AFALULA) lance le projet Oasis Culturelle d'Al-Ula (UCOP), en partenariat avec la Commission royale pour Al-Ula (RCU) et mené par l’entreprise Archaïos. Via l’étude archéologique de l’oasis d’Al-Ula, de ses habitats, de ses jardins et de ses systèmes d’irrigation, ce projet cherche à faire progresser nos connaissances sur ces types de paysages.

La forte densité de vestiges retrouvés dans l’oasis la positionne déjà comme un site archéologique de première importance dont l’étude et la préservation sont donc primordiales.

Du point de vue méthodologique, les différentes phases de développement de l’oasis sont reconstituées grâce à diverses méthodes scientifiques : des prospections systématiques, des études en archéologie du bâti, l'interprétation d’images d’archives (tel que des cartes et des photographies aériennes/satellitaires), des analyses spatiales (portant par exemple sur les réseaux de circulation observés dans/entre les parcelles de la palmeraie et de l’oasis) et des sondages ponctuels.

L’oasis historique – le cœur de l’implantation

Une étude préliminaire réalisée par Archaïos sur la poterie démontre une occupation continue du site, au moins depuis le deuxième millénaire avant notre ère. L’oasis, associée à la vieille ville d’Al-Ula semble ensuite se développer à la période médiévale islamique, probablement entre le XIIe et le XIIIe siècle.

L’enregistrement de toutes les structures archéologiques a permis de délimiter précisément cette oasis historique, cernée d’un mur de fortification scandé de tours. La grande part des vestiges archéologiques concentrés dans cette zone confirme également qu’elle constitue l’ancien cœur de l’occupation.

Dans l’oasis historique, les zones de culture se répartissent en deux catégories : les jardins horticoles, et les champs ouverts. Les anciens jardins horticoles, généralement délimités par des rues surélevées, sont clos et souvent cachés des regards par de hauts murs et des portes munies de serrures. Certains abritaient également des habitations.

La gestion de l’eau : au cœur de la vie de l’oasis

La région étant aride, la maîtrise de la technologie hydraulique était nécessaire pour l’établissement de populations sédentaires. Dans l’oasis, les eaux souterraines constituaient la principale ressource et étaient exploitées grâce à l’utilisation de qanats et de puits. Une fois amenée à la surface, l’eau était répartie entre les parcelles grâce à des réseaux de canaux.

L’oasis présente ainsi une grande diversité d’ouvrages hydrauliques qu’il est crucial d’étudier. En effet, l’évolution de ces systèmes hydrauliques – induite par des changements environnementaux ou par des innovations techniques – a directement influencé le peuplement et le mode d’habitation de la vallée d’Al-Ula.

Un site sans cesse en évolution

Depuis son implantation l’oasis historique a continué de s’étendre, particulièrement durant les deux derniers siècles. Les habitants ont cultivé les vieux jardins horticoles et les champs ouverts jusque dans les années 1980 avant de les abandonner progressivement durant les dernières décennies, au profit de nouveaux jardins, plus vastes, au nord et au sud de la vallée. Ces jardins sont alors généralement réservés à la mono-culture du palmier-dattier.

Ces parcelles contemporaines se sont déployées suite à la multiplication des palmeraies dans la vallée et suite au développement urbain, avec la construction de la nouvelle ville d’Al-Ula dans les années 70. L’introduction de nouvelles technologies de levage de l’eau comme les pompes diesel (milieu XXesiècle) et les puits forés équipés de pompes électriques submersibles (vers 1970), ont permis l’expansion de plus en plus rapide des espaces cultivés.

Un héritage en danger

Leur ingéniosité et leur gestion prudente des ressources ont permis aux populations du Hijaz de maintenir l’oasis d’Al-Ula pendant des siècles, voire des millénaires. Depuis le boom pétrolier des années 1970, ce précieux patrimoine est mis en danger par le développement urbain (surexploitation des ressources hydriques, mécanisation…) et celle du changement climatique. Il est de ce fait fondamental d’étudier et de protéger ces anthroposystèmes, qui constituent d’évidents exemples de développement durable dans les régions arides. Le projet UCOP a donc pour but de contribuer à la préservation et à la valorisation de ce patrimoine exceptionnel.

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