L’épave Ilovik-Paržine 1
Bien que fortement endommagée, l’épave Ilovik-Paržine 1 s’est révélée particulièrement intéressante car l’étude des pierres du lest a fourni des indices décisifs permettant d’identifier le lieu de construction du navire.
La fouille de l’épave Ilovik-Paržine 1 a réservé plusieurs autres surprises : une architecture et une forme de la coque rarement attestées par l’archéologie, une statuette en bronze figurant la divinité tutélaire du navire et une cargaison de bois.
Un site d’épave à faible profondeur mais très riche
L’épave Ilovik-Paržine 1 a été découverte en 2016 dans la baie de Paržine, au sud de la petite île d’Ilovik, par quatre mètres de fond. Elle a été expertisée par l’Institut de conservation croate en 2017 et a fait l’objet de recherches systématiques à partir de 2018 dans le cadre du programme Adriboats.
L’épave est formée de deux ensembles qui ont été trouvés à environ une vingtaine de mètres de distance. À proximité de la quille et des vestiges de l’extrémité avant du navire (proue), la fouille a mis au jour un amoncèlement enchevêtré de grumes de bois, parfois longs de plus de quatre mètres, dont la plupart conservaient l’écorce et présentaient des signes d’abattage et d’élagage des branches.
On a également retrouvé dans cette zone des pièces disjointes appartenant à la structure du navire et des éléments en bois associés à la manœuvre des voiles, ainsi des tiges appartenant au fardage qui servait à soutenir et sécuriser la cargaison d’amphores à vin.
L’étude des fragments et des exemplaires presque complets de ces conteneurs a permis d’établir qu’ils avaient été produits dans le Picenum, une ancienne région d’Italie, située entre l’Apennin et l’Adriatique qui correspond, à peu près, à l’actuelle région des Marches.
La typologie des amphores a également conduit à situer le naufrage dans le troisième quart du IIe siècle av. J.-C. (environ 170 av. J.-C.).
La zone de proue a restitué une statuette féminine en bronze qui était fixée aux structures du navire et qui représente un rare témoignage des cultes pratiqués à bord. D’autres objets – une petite lampe, de la vaisselle, une meule portative en pierre utilisée pour moudre le grain et des outils de charpentier – se réfèrent à l’équipement des marins. Par ailleurs, les quelques branches carbonisées qui ont pu être identifiées, représentent ce qui reste du foyer de bord où étaient cuits les aliments.
Le lieu de construction identifié grâce aux pierres du lest
Lors du dégagement du tiers arrière (poupe) de l’épave, les archéologues ont découvert des pierres appartenant au lest. L’étude pétrographique, micropaléontologique et des isotopes du carbone (oxygène et strontium), a établi que ce ballast était constitué de roches calcaires très similaires, provenant toutes d’un même affleurement côtier. Le ballast était, vraisemblablement, permanent, c’est-à-dire qu’il avait été chargé dès le lancement du navire pour assurer sa stabilité lors des navigations.
Il est, dès lors, apparu important de mieux connaître l’origine des pierres pour pouvoir préciser la localisation du chantier naval ayant produit le bateau. Les résultats des analyses des pierres d’Ilovik-Paržine 1, ont été comparés à des échantillons de roches prélevés sur les affleurements calcaires du littoral adriatique situé au sud d’Ancône et dans divers secteurs des Marches et des Pouilles, en Italie. Les secteurs d’étude ont été choisi non seulement à partir des cartes géologiques, mais aussi en croisant les données sur les ateliers de production des amphores du Picenum et sur les ports ayant fonctionné au IIe siècle av. J.-C.
Au final, la caractérisation des divers échantillons a montré que les pierres d’Ilovik-Paržine 1 ont été chargées près de Brindes, dans l’actuelle région des Pouilles, en Italie méridionale. Et, dans la mesure où le ballast est permanent, le lieu de construction du navire devait être situé à proximité de ce port majeur de l’Adriatique.
Un type de voilier aux formes inédites
Selon l’hypothèse de restitution qui a été avancée sur la base des données disponibles, le voilier Ilovik-Paržine 1 mesurait environ 21,5 mètres de longueur et avait un tonnage qui devait avoisiner les 100 tonnes métriques.
Ce navire se caractérisait également par des formes peu documentées par l’archéologie. Alors que, dans sa section la plus large (maître-couple), la partie immergée de la coque est pincée, une forme bien attestée dans la construction navale de tradition hellénistique, le profil longitudinal se caractérise par une poupe arrondie et une proue droite à taille-mer. Un profil rare car la plupart des épaves découvertes en Méditerranée correspondent à des bateaux à la proue et à la poupe se relevant selon des courbes plus ou moins accentuées.
La mission est soutenue par le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères.