La région d'El Tigre - La Vitrola
Une couverture LiDAR de 270 km2 a permis d’identifier plusieurs dizaines de sites mayas encore inconnus, enfouis dans une zone reculée de la forêt tropicale aux confins nord du Guatemala. Ils présentent un riche potentiel pour comprendre l’évolution de l’organisation du territoire maya entre 1000 av. et 1000 apr. J.-C.
Le projet El Tigre a sélectionné trois sites d’échelles différentes pour ses recherches : La Milpa est un modeste éperon barré au bord d’un lac. El Tigre était un probable relais administratif dans la hiérarchie régionale. Finalement, La Vitrola, avec ses pyramides, son terrain de jeu de balle, ses autels et son palais, fut peut-être une petite capitale.
El Tigre et les sites qui l’entourent constituent un cas d’étude privilégié pour une analyse en diachronie de la structure de l’économie et du pouvoir politique et religieux dans les arrière-pays des grandes capitales des Basses Terres centrales mayas.
Un site défensif
Le site de La Milpa est une modeste place fortifiée au sommet d’une colline surplombant un lac permanent, aujourd’hui peuplé de crocodiles. La colline aux pentes escarpées n’est qu’une partie du système défensif étonnant entourant cet établissement qui ne compte que quelques structures résidentielles. En effet, plusieurs fossés contrôlent l’accès à une péninsule sur le lac, offrant à quelques familles un espace protégé des incursions hostiles. Le Lac de La Milpa est l’un des rares points d’eau permanents de la région ; il est manifeste qu’à un moment de la séquence locale, des tensions autour de cette ressource ont pu générer une situation d’insécurité. Corréler la séquence d’occupation de La Milpa avec la séquence du lac permettra de substantiels apports pour la compréhension des moments de crises environnementales, politiques et humaines au cœur des Basses Terres, dont celui qui eut lieu autour de 150 apr. J.-C. et qui mit fin à l’hégémonie de la grande cité d’El Mirador, provoquant l’abandon de bien des sites préclassiques.
Un relais local
L’observation du plan d’El Tigre, comme les premières fouilles dans les plates-formes et espaces publics, indiquent l’existence d’élites économiques, qui avaient accès à des biens de prestige, y compris de la céramique support d’inscriptions. Elles étaient capables de mobiliser une certaine main-d’œuvre pour la construction privée et publique. Néanmoins, le site semble dépourvu de monuments sculptés (stèles, autels), de terrain de jeu de balle ou de groupe de type E (des ensembles monumentaux, probables lieux de rituels liés au calendrier agricole), autant de marqueurs habituels de l’existence d’un pouvoir politique et religieux. Dès lors, est-il possible qu’El Tigre n’ait tenu qu’un rôle secondaire, de relai de pouvoir au sein d’un réseau dominé par une entité plus conséquente, lui délégant le rôle de place économique, peut-être lieu de marché ou de perception des taxes ? Quoique doté d’espaces publics, El Tigre est un site d’échelle relativement modeste quant à sa monumentalité. Il est en revanche entouré d’une très vaste zone résidentielle, remontant en particulier à la période préclassique (avant 150 apr. J.-C.). Les plates-formes résidentielles parsemaient alors le paysage sur plusieurs kilomètres. Par la suite, au cours de la période classique, l’occupation s’est réorganisée, suivant un patron beaucoup plus dense, resserré autour de l’épicentre.
Une capitale ?
Le site de La Vitrola, plus imposant mais, aujourd’hui, plus difficile d’accès qu’El Tigre, a peut-être constitué un échelon intermédiaire dans la structure du pouvoir entre ce dernier et des capitales de premier ordre, comme Naachtun. Il est, entre-autres, doté de deux pyramides de près de 20 m de haut et d’un terrain de jeu de balle, en plus de plates-formes préclassiques très monumentales. Mais on n’y trouve pas non plus de groupe de type E, une absence particulièrement surprenante pour un site de cette taille. Les fouilles ont débuté en 2025, apportant des résultats très prometteurs qui indiquent que La Vitrola a peut-être joué un rôle plus important que supposé jusqu’alors dans la hiérarchie régionale.
La mission El Tigre bénéficie du soutien financier et institutionnel du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères sur l’avis de la Commission des fouilles, ainsi que de l’appui des Fondations Hitz et Pacunam. Au Guatemala, ses partenaires institutionnels sont l’Instituto De Antropología e Historia, le Consejo Nacional de Áreas Protegidas, le Parque Nacional Mirador-Rio Azul, le Centro nacional de Estudios CONservacionistas, l’UMIFRE CEMCA, l’Associación Bio Itza et la Organización de Manejo Y Conservación de Uaxactun.