Égypte - Il y a 2 000 ans

Plinthine et Taposiris Magna

Les deux sites de Taposiris et Plinthine, en Maréotide, marquent sur la longue durée une frontière occidentale de l’Égypte : d’abord située à Plinthine, à l’époque pharaonique, celle-ci a basculé vers l’ouest, après la conquête de l’Égypte par Alexandre, à Taposiris. La mission française s’efforce de comprendre ce basculement et les mécanismes qui ont conduit au choix des deux sites pour leur implantation, notamment au rôle de la viticulture pratiquée avec intensité à toutes les époques de leur occupation.

Aux marges occidentales de l’Égypte

Plinthine et Taposiris Magna sont situées en Maréotide, à une quarantaine de km à l’ouest d’Alexandrie. Cette région de marge est parfois oubliée sur les cartes des historiens de l’Égypte ; elle était pourtant partie intégrante et front pionnier du territoire égyptien dès l’époque pharaonique avant de devenir le poumon économique d’Alexandrie aux époques ptolémaïque, romaine et byzantine.

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Les confins nord-ouest de l’Égypte, localisation de Taposiris Magna et Plinthine (© MFTMP, B. Redon, fond de carte BingMap)

Deux sites de marge, à la localisation stratégique

Les deux sites antiques de Plinthine et Taposiris Magna sont implantés sur une crête rocheuse de calcarénite, un grès formé par la consolidation de sables calcaires. Appelée la taenia dans les sources grecques, cette bande rocheuse de moins d’un km de large sépare la mer Méditerranée du lac Maréotis, ce qui lui confère une position avantageuse, à l’interface entre l’intérieur et l’extérieur du territoire égyptien, le lac étant relié à la branche canopique du Nil par un système de canaux. La taenia était, dans l’Antiquité, parsemée de localités dont les toponymes sont énumérés par l’auteur du Stadiasme et par Strabon dans leurs descriptions de la côte méditerranéenne de l’Égypte. Ces derniers placent le site de Plinthine immédiatement à l’est de celui de Taposiris, et le Stadiasme donne une distance de sept stades entre les deux villes, ce qui correspond environ à la distance réelle entre le temple de Taposiris et le Kôm el-Nogous, qui est de 2,2 km à vol d’oiseau.

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Vue de la taenia entre Taposiris Magna (en arrière-plan) et Plinthine (© MFTMP, B. Redon)

L’exploration des sites par la MFTMP

Associés dans les sources antiques, c’est tout naturellement que la Mission française de Taposiris Magna et Plinthine (MFTMP) a choisi de les explorer en parallèle. Les travaux de la mission ont démarré en 1998 sous la direction de Marie-Françoise Boussac. Bérangère Redon lui a succédé en 2018. Les campagnes de terrain se tiennent chaque année grâce au soutien de la commission des fouilles du MEAE, de l’IFAO et du laboratoire HiSoMA du CNRS, et depuis 2018, de trois fonds de soutien à la recherche, Arpamed, Shelby-White et Honor Frost.

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Plan des sites de Taposiris Magna et Plinthine après la campagne 2021 (© MFTMP, Th. Fournet, M. Vanpeene)

Un destin contrasté

Les deux bourgades de Plinthine et Taposiris Magna, bien que voisines, ont connu un destin contrasté. Nos travaux, ainsi que ceux de nos trop rares prédécesseurs, ont permis de comprendre que Taposiris était sans doute fondée sous le règne de Ptolémée IV, même si une occupation antérieure, mais limitée, est possible. La ville prend son essor au début de l’époque romaine, lorsqu’elle est dotée d’un système portuaire complexe sur le lac Maréotis, qui lui confère un rôle majeur qu’elle tiendra jusqu’à la fin de l’Antiquité et au début de l’époque médiévale avec une intensité qui vient d’être mise en lumière par l’exploration de deux édifices de stockage dans le port. Les travaux effectués par notre équipe dans le port, fondés sur la réalisation de sondages ciblés, l’examen d’images satellites anciennes et de données géomorphologiques, ont démontré que notre vision du lac était à revoir.

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Orthophographie des deux édifices de stockage byzantins du port de Taposiris (© MFTMP, A. Rabot)

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Taposiris Magna, Vue générale du bâtiment BAT 2100 depuis le nord avec l’anse (© MFTMP, J. Le Bomin)

Un lac Maréotis à géométrie variable

En réalité, le lac Maréotis est formé de plusieurs bassins distincts qui ont été reliés entre eux de manière planifiée et grâce à de grands travaux de creusement de canaux uniquement à l’époque romaine. Avant cela, les sites de Plinthine et Taposiris étaient au bord de bassins isolés et reliés seulement de manière intermittente au bassin principal du lac Mariout. Les travaux d’époque romaine ont permis à Taposiris de devenir un point de rupture de charge essentiel dans les échanges régionaux et voir même internationaux. Taposiris devient le port d’embarquement des marchandises à destination d’Alexandrie et du reste de l’Égypte, ce qui explique le rôle qui lui est assigné de porte de l’Égypte et de douane occidentale d’Alexandrie, et qui explique la longévité du site.

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Reconstitution des bassins constitutifs du lac Maréotis durant le IIe millénaire et la première moitié du Ier millénaire av. J.-C. (© MFTMP, M. Crépy, 2020, fond de carte : photo satellite Corona)

Un passé pharaonique encore récemment inconnu

Formé d’une nécropole composée de plusieurs dizaines de tombes isolées et de grands hypogées de type alexandrin, d’une agglomération située à environ 500 m à l’ouest, qui se développe sur le versant sud de la taenia, et d’un kôm en forme de fer-à-cheval qui domine la ville au nord, appelé le Kôm el-Nogous, le site de Plinthine est quant à lui occupé dès la deuxième moitié du IIe millénaire av. J.-C. Son destin est lié, dès l’origine, à la production du vin, une boisson appréciée par les Égyptiens, mais dont la production locale a longtemps été éclipsée par celle de la bière, que l’on associe plus volontiers à la terre des pharaons. L’élément le plus ancien mis au jour à Plinthine est une anse timbrée au nom de Merytaton, fille d’Akhenaton, qui lui succéda sur le trône à sa mort vers 1338/7 av. J.-C. Sa découverte suggère l’existence d’un domaine viticole royal à Plinthine, comme il s’en développe dès les débuts de l’époque pharaonique dans les marges égyptiennes et singulièrement dans le nome du Harpon, qui englobe la région du lac Maréotis. Le site est doté d’un temple sous le règne de Ramsès II et l’établissement est alors intégré à un ensemble de sites destinés à sécuriser les accès à l’Égypte face au risque que représentait pour le pouvoir royal la montée en puissance de nouveaux groupes « libyens ».

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Vue générale du kôm el-Nogous depuis l’angle sud-est (© MFTMP, Gaël Pollin, IFAO)

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Deux blocs provenant du temple de Ramsès II de Plinthine (PO 664, face A et B) (© MFTMP, G. Pollin, Ifao)

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Un site dédié à la production du vin

Durant l’époque saïto-perse, la viticulture est la raison d’être de la bourgade, comme en témoignent la présence écrasante de pépins de raisin dans les assemblages archéobotaniques et la découverte d’une unité de production de vin exceptionnellement bien conservée, comprenant un fouloir construit en dalles de calcaire.. Après une période d’abandon ou de rétractation de l’occupation entre la seconde moitié du Ve et la fin du IVe s. av. J.-C., le site de Plinthine est réoccupé au début de l’époque ptolémaïque. Dès les premières décennies de l’installation de colons gréco-macédoniens, un chai doté d’un fouloir et d’un pressoir à levier est construit, démontrant ainsi la persistance de la viticulture sur le site durant près d’un millénaire.

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Fouloir saïte mis au jour dans le secteur 6 du kôm de Plinthine depuis l’entrée de la pièce (© MFTMP, B. Redon)

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Chai ptolémaïque de Plinthine en fin de campagne 2021 (© MFTMP, L. Dautais)

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Reconstitution 3D du pressoir du chai ptolémaïque de Plinthine (© MFTMP, P. François)

Financements

La mission est soutenue par la commission des fouilles du MEAE, l’IFAO, le laboratoire HiSoMA (UMR 5189), l’équipe Mondes Pharaoniques du laboratoire Orient & Méditerranée. Nous avons reçu également le soutien du fonds Arpamed, de la fondation Honor-Frost, et du Shelby White and Leon Levy Program for Archaeological Publications.

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