Il y a 15 000 ans

La grotte de Font-de-Gaume

La grotte de Font-de-Gaume est découverte le 12 septembre 1901 par Denis Peyrony, instituteur du village des Eyzies et qui deviendra le fondateur et premier conservateur du Musée national de Préhistoire, auquel vont s’adjoindre l’abbé Henri Breuil et Louis Capitan. Font-de-Gaume reste une des plus magnifiques grottes ornées de la préhistoire toujours ouverte au public.

Bisons polychromes dans la deuxième partie de la galerie principale. © Olivier Huard. Centre des monuments nationaux

Située dans un massif calcaire du Coniacien sur la rive gauche de la vallée de la Beune, la grotte se développe sur 120 mètres de longueur et sur une hauteur, dans la galerie principale, pouvant atteindre une douzaine de mètres.

Trois autres galeries viennent se rajouter à ce réseau souterrain : les galeries Vidal, Prat et latérale.

Bien avant la découverte et la communication des œuvres pariétales qu’elle renferme, les nombreux graffiti apposés sur ses parois et datés essentiellement de la seconde moitié du XIXe siècle, attestent une fréquentation conséquente et une connaissance de cet endroit par les jeunes gens du village des Eyzies situé à très peu de distance.

L’expression artistique

C’est dans la galerie principale, juste après un rétrécissement nommé le Rubicon, que la force des images paléolithiques saisit pleinement le visiteur, même si avant cette zone, d’autres entités graphiques subsistent et d’autres ont certainement disparu.

La richesse de la palette du peintre et la maitrise du geste technique de l’artiste apparaissent avec une énergie rare et donnent vie aux bisons, chevaux, rennes, mammouths… Ces peintures sont souvent surhaussées de gravures qui soulignent avec finesse les contours de ce bestiaire qui se dévoile au fur et à mesure que la lumière vient le révéler, le réveiller.

Un peu plus loin, le Cabinet des bisons où ces derniers se mélangent avec plusieurs nuances de couleurs et semblent être aspirés par le haut dans un plafond quasiment en forme de coupole.

Enfin, inaccessible au public, dans le diverticule terminal, rhinocéros rouge rayé, représentation humaine, vaches aux allures de celles de Lascaux et positionnées quasiment au niveau du sol et enfin tout au fond, comme pour marquer la fin de la grotte, sept énigmatiques traits rouges parallèles.

Dans la galerie latérale, après franchissement d’une étroite chatière, une chouette, un ours, des « masques » anthropomorphes…

Sans oublier, positionnés à plusieurs endroits de la grotte, de manière solitaire ou en surimpressions sur d’autres figures animalières, les fameux « tectiformes », selon l’expression d’Henri Breuil, signes énigmatiques et mystérieux en forme de toits, marqueurs singuliers de ce territoire et présents aussi à Rouffignac, Combarelles, Bernifal.

Nouvelles recherches et découvertes

Depuis 2020, une nouvelle étude globale de la grotte est menée, par une équipe pluridisciplinaire dirigée par le préhistorien Patrick Paillet. Dans la première monographie sur Font de Gaume publiée en 1910, 200 représentations étaient répertoriées. Aujourd’hui, ce sont quasiment un millier de motifs mis au jour, augmentant ainsi le corpus de manière significative avec de nouvelles représentations animales, signes géométriques, tectiformes et indéterminés.

Datations C14

Le remarquable travail mené par Ina Reiche et son équipe a permis de mettre en évidence et pour la première fois, des peintures réalisées au charbon de bois alors qu’il était admis que le noir présent sur les parois était uniquement du manganèse. Leur identification à l’échelle de l’entité graphique a pu être réalisée d‘une façon non-invasive grâce à l’imagerie hyperspectrale et offre la possibilité de dater directement ces figures, ce qui représente une première pour la Dordogne.

Les micros-prélèvements réalisés sur deux figurations ont permis d’obtenir des datations qui rajeunissent le bestiaire. Longtemps attribuées au Magdalénien moyen ou ancien, les dates obtenues donnent :

  • petit bison du carrefour : dates comprises entre 13 461 et 13 162 calBP pour le bison ;
  • masque en galerie latérale, partie profonde : 8 993 et 8 590 calBP, 15 850 et 15 144 calBP, ainsi que 15 267–14 274 calBP pour différents prélèvements sur cette entité graphique.

Grace à la technique RAMAN utilisée pour la mise en évidence du charbon de bois ayant servi à la réalisation de certaines peintures, il est maintenant acquis que d’autres entités graphiques ont été réalisées à partir de ce pigment. Par voie de conséquence, de nouvelles datations seront certainement envisagées prochainement afin de confirmer ou d’infirmer celles récemment acquises ou bien alors de démontrer que plusieurs cultures et gestes artistiques se sont peut-être succédé sur un temps long dans la Grotte de Font-de-Gaume.

Conservation et ouverture au public

Confiée par l’État (ministère de la Culture) au Centre des monuments nationaux qui en assure la conservation, Font-de-Gaume reste l’un des rares sanctuaire du Paléolithique orné de peintures polychromes ouvert au public.

Sous contrôle permanent avec de nombreux capteurs reliés à des stations de mesure enregistrant le climat de la cavité, la grotte est ouverte au public uniquement en visites accompagnées et en groupes réduits. Une journée de fermeture hebdomadaire lui permet de revenir à un seuil d’équilibre pré-déterminé, permettant ainsi une conservation optimale du milieu souterrain et de ses œuvres intemporelles.

En savoir plus

La grotte de Font-de-Gaume par Jean-Jacques Cleyet-Merle dans la collection Regards... aux Éditions du Patrimoine.