La remontée naturelle du niveau mondial des océans, commencée à la fin de la glaciation, il y a environ 19 000 ans, et l'amplifiée par le réchauffement climatique actuel ainsi que la sismicité de la région sont les deux facteurs les plus préoccupants pour la conservation de la cavité. 

Un site menacé

La perte progressive de ce qui reste de ce site majeur sera certainement la suite logique de l’ennoiement de la cavité, commencé, il y a environ 10 000 ans lorsque  la Méditerranée a atteint le seuil du porche de la grotte). Ce constat est visible au niveau du Panneau des chevaux, avec une montée de 12,15 cm de centimètres du niveau moyen de l’eau entre 2011 et 2016.

Les risques anthropiques pouvant provoquer une pollution du site sont nombreux. La mer Méditerranée est une zone très fréquentée par des navires de tous types. La proximité du port pétrolier de Fos-sur-Mer engendre notamment un trafic de matières sensibles. Un risque bactériologique existe également en raison du rejet d’eaux usées à proximité de la grotte (exutoire, dans la calanque de Cortiou, des égouts de Marseille et de 15 autres communes raccordées, ce qui en fait la plus grande station souterraine de traitement des eaux du monde). En l’absence de courant marin, ce sont ces eaux qui baignent la grotte en y pénétrant par des fissures sous-marines. Un risque chimique y est également associé du fait des produits chlorés utilisés pour le traitement des effluents (chlorure ferrique notamment, surtout en août, période de surpopulation touristique, d’orage et d’absence de courant marin).

Des risques structurels menacent également le site. En effet, la grotte se développe dans un massif karstique constitué de couches de calcaire barrémien à faciès urgonien. Chaque strate est séparée de la suivante par une couche argileuse qui concentre la circulation de l’eau. Un fort pendage des strates en direction du sud/sud-est fait que les couches ont tendance à glisser l’une sur l’autre, dans le sens de la pente. Ces déplacements sont visibles dans la grotte.

Les risques sismiques sont tout aussi importants que les précédents. La région PACA est la plus soumise de France à ce type de danger. Le rapprochement de la plaque africaine (au sud) qui vient butter contre la plaque eurasienne (au nord) explique l’existence de la faille de la Durance et le nombre impressionnant de séisme qui ont lieu chaque année (il se produit, dans la région, au moins trois secousses par an d’une magnitude supérieure à 3).

Sauvegarde numérique

La mise en place d'un programme de relevé numérique initié par la DRAC PACA a pour but de montrer qu’il est possible de sauvegarder de façon pérenne et objective les surfaces de la grotte cet outil devant permettre de disposer d’une mémoire numérique de la caverne et de ses œuvres suffisamment discriminante pour être également un outil de recherche non-destructif, simple à utiliser et performant et non une simple volumétrie destinée à du tourisme virtuel.

Le projet topographique tridimensionnel élaboré répond à la fois à la grande difficulté d’accès, à l’absence d’énergie et aux conditions particulières de la grotte. La première opération consiste en une acquisition au tachéomètre à laser d'un réseau de cibles pour construire un squelette à géométrie robuste sur lequel s'appuient les autres opérations. La deuxième couche de données est produite par un scanner rotatif laser haute définition donnant une volumétrie infracentimétrique à une finesse de 2 mm. La dernière couche est acquise en photographie numérique calibrée à très haute définition qui permet de rajouter également une texture et une colorimétrie absolue. Cette expérimentation prototype est parvenue, en consolidant ces trois couches à une restitution d’une finesse de 8 µm sur les reliefs et la texture.

À l’usage, la 3D se révèle une source complémentaire aux observations in situ. Elle est aussi particulièrement précieuse pour la préparation des campagnes et le travail en laboratoire.