Un siècle d’une aventure scientifique

La recherche archéologique en Afghanistan

Quels programmes scientifiques et surtout quelles modes de protection du patrimoine culturel est-il possible de mettre en œuvre en Afghanistan ?
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La création de la DAFA

Les premiers travaux de la DAFA, en 1922, ouvrent une période de presque un siècle de recherches sur le passé ancien de l’Afghanistan. C’est à Alfred Foucher, le premier directeur de la Délégation, et à ses successeurs qu’on doit la formation des premiers spécialistes afghans du patrimoine tel que Mohammed Ali Kozhad.

Jusqu’en 1945, l’archéologie est cependant conçue comme un monopole français mais, à partir de cette date, le pays s’ouvre aux chercheurs d’autres nationalités, britanniques, anglais, italiens, japonais, allemands, russes  et américains qui, avec les équipes afghanes, entreprennent des recherches de terrain portant aussi bien sur des sites préhistoriques que sur des zones d’occupation plus récentes.

Des conditions particulières

Aujourd’hui les conditions politiques délicates que connait le pays se traduisent par une moindre visibilité de la  participation internationale à l’étude, la protection et la valorisation du patrimoine culturel afghan mais, parallèlement, on peut constater un renforcement de l’action des acteurs afghans compétents dans ces domaines.

La carte archéologique

Une carte archéologique permettant de gérer le riche patrimoine afghan est en cours d’élaboration, mais son établissement se heurte à de nombreux obstacles matériels avec, en premier lieu, l’impossibilité ou la grande difficulté à vérifier sur le terrain les indices de sites archéologiques que nous fournissent les images aériennes. D’autre part, dans un pays où les fouilles illégales sont monnaie courante, l’utilisation même de la carte archéologique ne peut être envisagée que selon des protocoles précis, afin de ne pas alimenter et objectivement encourager les pillages.

Un potentiel remarquable

Les perspectives scientifiques sont pourtant très prometteuse et le potentiel archéologique, même diminué par les pillages, très important. Des périodes comme la Préhistoire ont à peine été abordée avec les travaux de Louis Duprée à Ak Kupruk ou Philippe Gouin-Lissandre à Tashkurgan, alors que de toute évidence l’Afghanistan n’est pas moins riche de sites de cette période que ses voisins iraniens, pakistanais ou centre-asiatiques. Les âges des métaux y sont encore mal connus car les sites de cette période ont été peu fouillés.

Pour la période héllénistique, par contre, avec la fouille du site d’Aï Khanoum, notre connaissance de la zone a été complètement renouvelée et la richesse du potentiel pour cette période laisse augurer de nouvelles découvertes.

Les sites bouddhiques, et en particulier ceux de Bamiyan et de la région de Kaboul ,sont ceux qui ont été les mieux étudiés, apportant ainsi des données nouvelles pour comprendre l’histoire du pays pendant les premiers siècles apr. J.-C.

L’archéologie des temps islamiques est elle aussi un domaine de recherche très prometteur. Le site ghaznévide et ghoride de Lashkar Gah dans le Helmand, dont l’étude a été entamée dans les années 1950 par la DAFA, est de nouveau exploré par nos collègues afghans. À Hérat les travaux autour du sanctuaire du Mussalla, daté des périodes timourides et post-timourides (XV-XVIe siècle) devraient être l’occasion d’élargir le champ de recherche des archéologues afghans et étrangers, au-delà de la période islamique ancienne.

La DAFA, un IFRE

Aujourd’hui la Délégation archéologique française en Afghanistan, un IFRE (Institut français de recherche à l’étranger) fait partie d’un réseau constitué de 27 autres établissements répartis dans près de 40 pays, dépendant du Ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères. Il est la seule mission permanente dédiée à l’archéologie présente en Afghanistan et de ce fait est à même de fédérer l’aide internationale en ce domaine.