Chypre – Il y a 3 200 ans

Salamine, capitale antique

Salamine, sur la côte orientale de Chypre, aujourd’hui en zone occupée, a été une ville-capitale pendant près de deux millénaires, de sa fondation, au XIe siècle av. J.-C., à son abandon au moment des raids arabes. Une mission française y a conduit des fouilles de 1964 à l’invasion de 1974. Ses archives sont consultables en accès libre.

 

Vestiges de la Campanopétra © Mission archéologique française de Salamine
Vestiges de la Campanopétra © Mission archéologique française de Salamine

Les fouilles françaises de Salamine de Chypre (1964-1974) ont permis de dégager des vestiges et du mobilier qui documentent toute l’histoire de la ville. Les archives de la mission, numérisées et mises à la disposition des spécialistes et du public intéressé, permettent de naviguer dans le site et parmi ses découvertes, ainsi que d’en retrouver les publications.

La mission française de Salamine (1974-1974)

La « Mission archéologique française de Salamine de Chypre » a été fondée en 1964  par Jean Pouilloux, qui en a été le directeur, grâce à l’efficacité et à l’amitié de Vassos Karageorghis, directeur des Antiquités de la nouvelle République de Chypre, indépendante depuis 1960. En collaboration avec les collègues du département des Antiquités, qui exploraient alors le centre monumental romain, au Nord, et les nécropoles, à l’Ouest, la mission française a concentré ses travaux sur le site de la ville, avec des résultats spectaculaires. Elle a ainsi mis au jour une tombe du XIe siècle av. J.-C., qui permet de dater la fondation du site.  Elle a aussi dégageé les vestiges d’un temple hellénistique (premier exemple de ce type architectural à Chypre), ainsi que ceux d’une riche basilique paléochrétienne. En moins de dix ans de fouilles, elle a ainsi établi les deux limites extrêmes de l’occupation du site, et elle a recueilli un mobilier riche et varié qui documente près de deux millénaires.

La tombe I

Découverte par hasard, parce qu’un puits de l’Antiquité tardive en avait traversé la chambre, la tombe I révèle l’existence d’une nécropole qui s’est installée, dès le XIe siècle av. J.-C., à l’ouest de la ville nouvellement fondée. Les poteries déposées montrent un goût des artisans locaux pour des motifs décoratifs en deux couleurs, bichromie qui restera un trait caractéristique des ateliers salaminiens pendant tout l’âge du Fer.

Le temple de Zeus

Bâti au IIe siècle av. J.-C. en l’honneur de la divinité tutélaire de la ville de Salamine, Zeus, le temple est le premier édifice de ce type édifié à Chypre. Son architecture, notamment ses chapiteaux, trahissent une forte influence alexandrine. Alexandrie d’Égypte était en effet, à l’époque hellénistique, la capitale des rois qui régnaient aussi sur Chypre.

La basilique de la Campanopétra

Sur un plateau dominant la mer, est édifiée au VIe siècle apr. J.-C., une somptueuse basilique. Un montant de porte, resté debout, en marquait encore l’emplacement avant le début de la fouille. Connu sous le terme populaire de « pierre de la cloche » (Campanopétra), c’est ce vestige qui a donné son nom à la basilique. Sa monumentalité ainsi que l’existence de bâtiments annexes indiquent qu’il s’agissait d’un lieu de pèlerinage important, qui abritait une sainte relique (un fragment de la Croix ?).

Les archives de la mission française de Salamine

Les travaux de la mission archéologique française de Salamine, empêchés sur le terrain depuis 1974, se sont poursuivis grâce aux archives conservées à la Maison de l’Orient, à Lyon. Les publications de la collection Salamine de Chypre comptent seize volumes en accès libre. Quant aux archives, elles sont numérisées et consultables sur un portail dédié. Elles comprennent de nombreux documents inédits (relevés, photographies de fouilles et d’objets…). À cette valeur scientifique et patrimoniale (le destin de la plupart des objets découverts par la mission étant aujourd’hui inconnu) s’ajoute un intérêt ethnographique. Les archives enregistrent, de fait, un état de la recherche archéologique et elles conservent un témoignage précieux sur une société disparue, celle des villageois qui participaient aux fouilles.