Salle 31 : espace central, improprement dit "cour bleue". Maison des Femmes (secteur I). Vue vers le NNO. Des indices contradictoires permettent d'interpréter cet espace (12,50 x 9,30 m) soit comme une cour (sol plâtré, orifice de puisard au centre), soit comme un espace couvert : plusieurs arguments indirects d'ordre architectonique plaident en faveur de l'option d'un espace central à plancher d'étage, que son décor soigné et sa configuration placent au rang de salle importante dans la Maison des Femmes, empreinte d'un caractère officiel – sans que la signification de celui-ci apparaisse clairement.
Le saviez-vous ?
Le secteur des Femmes I s'inscrit dans une étape d'édification relativement ancienne du Palais. La décoration de cette salle, qui a livré aussi des fragments de peinture figurative, a probablement été réalisée en plusieurs temps : d'abord les bandeaux sur enduit de terre, puis le chaulage des parois et enfin le plâtrage (*juss) du sol et des plinthes. Ce dernier pourrait être la marque de l'interrègne de Yasmah-Addu (1794-1775 av. J.-C.), vice-roi sous l'autorité de Samsi-Addu de Haute Mésopotamie, en référence à la peinture de faux marbre sur plâtre du podium de la salle 64.
© Jean-Claude Margueron/Mission archéologique de Mari - Archéovision - labex les passés dans le présent
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Au milieu du mur ouvre une porte à double vantail, située du côté de la salle 34 qui distribue les pièces périphériques septentrionales : un espace qui donne ainsi accès, par une porte centrée sur un de ses petits côtés, à une salle *barlongue, crée, avec la couronne des pièces périphériques, un plan de type dit "babylonien". Cette configuration rappelle, en moins monumental qu'au secteur M, l'enfilade constituée de la cour du Palmier 106 (à ciel ouvert) et de la salle au podium peint 64.
Sur le sol recouvert d'un plâtre de gypse blanc (*juss) – comme celui de la grande cour du Palmier 106 du secteur officiel – se détache un rectangle de 2,58 x 1,61 m, à triple encadrement rouge et jaune renfermant neuf cases peintes en faux marbre, ou en imitation d'albâtre : plutôt qu'un "jeu de palets", comme l'avait interprétée le fouilleur, nous y voyons la marque d'une aire revêtue d'une signification particulière ; elle est la seule, avec le podium de la salle 64, à posséder un tel décor, et en outre, comme la peinture de l'Investiture de la cour 106, elle se trouve immédiatement à droite de la porte principale, elle-même rehaussée par une plinthe à marbrures rouges.
Le double bandeau, dont la largeur totale atteint 30 cm, se déploie à 1,80 m du sol au Nord, de part et d'autre d'un encastrement – de poutre vraisemblablement, dont le bois a disparu : c'est pourquoi celle-ci a été restituée de couleur rouge, selon une coutume que l'on observe à Mari même (cour du Palmier 106) et dans les régions occidentales de la Syrie du IIe millénaire. Au pied du mur sud (derrière l'observateur) fut recueilli un fragment de bandeau de la même veine (largeur 18 cm), unique cette fois et de teintes très différentes : les trois brins de la tresse sont alternativement blancs et gris cendré avec un œil orange alors que la torsade double avait frappé, au moment de sa découverte, par l'éclat de son bleu contrastant avec le noir. Ce décor était posé sur un simple enduit de terre, la partie inférieure des murs étant chaulée.
Au centre de la salle, une dépression conduit les eaux usées à un orifice de *puisard : c'est cet aménagement, allié au revêtement imperméable (*juss) du sol, qui a soutenu l'interprétation de cet espace comme une cour. Cependant la fragilité des bandeaux peints sur enduit de terre, une largeur de 9,30 m susceptible d'être couverte par une *portée directe et l'existence d'un conduit de ventilation en terre cuite retrouvé dans le mur d'une des pièces contiguës (no 39) sont des arguments imparables en faveur d'un espace central couvert et, qui plus est, surmonté d'un étage.
Le problème crucial de tels espaces centraux présumés couverts et surmontés d'un étage est celui de l'éclairage. C'est pourquoi ont été restituées ces lucarnes hautes (50 x 50 cm), qui ne diffusent ici qu'une lumière de second jour, par l'intermédiaire des pièces périphériques (no 33 et 30) ; ce sont elles qui donnent sur un couloir à ciel ouvert (no 50) qui circonscrit ce bloc architectural sur ses côtés nord et est.