Salle 65 : salle du Trône (salle 65). Secteur officiel M. Vue vers l'Est.
Ses dimensions imposantes (26,30 x 11,60 m) font de cette salle la plus monumentale du Palais. A son extrémité orientale, une tribune de onze marches, ouverte par une vaste baie à feuillures, accueillait les statues des rois défunts. A l'opposé (derrière l'observateur), une dalle de gypse, au bord mouluré, adossée au mur où s'alignaient deux rangs de petites cavités, est aisément interprétable comme une base de trône surmontée d'un dais fixé dans la paroi de briques crues.
© Jean-Claude Margueron/Mission archéologique de Mari - Archéovision - labex les passés dans le présent
© Jean-Claude Margueron/Mission archéologique de Mari - Archéovision - labex les passés dans le présent
Explorer le site : Mari
Au pied de la tribune gisait, au moment de la découverte, la statue en diorite d'Ishtup-Ilum, Shakkanakku de Mari au cours de la seconde moitié du xxiie s.) : il est l'un des souverains – antérieur à la construction du Palais dans la configuration dernière qui nous occupe ici –, dont les statues occupaient la tribune, portraits des ancêtres défunts célébrés au moment de la fête annuelle du *kispum. La zone bitumée et l'aire carrelée proches de la tribune ainsi que d'autres installations, comme les deux socles en pierre à degrés qui flanquent le bas de l'escalier, attestent que là devaient se dérouler certains rites.
En raison de la conservation exceptionnelle de ses murs (5 m), la hauteur originelle avait été évaluée par Paul François, architecte de la Mission Parrot, à 9,30 m au minimum. Les études architecturales conduites depuis la fin des années 1960 par Jean-Claude Margueron portent celle-ci à 12 m au moins, les prises de lumière se faisant par les ouvertures hautes surplombant les toits en terrasse périphériques. Quant aux fenêtres restituées en dessous, elles sont justifiées par l'éclairement nécessaire aux pièces de l'étage (80' et 82'), situées derrière la salle du Trône au sud (ici à droite) – celles en vis-à-vis ayant été restituées par symétrie.
La monumentalité de l'ensemble est confirmée par la hauteur des portes : pour exemple, celle visible à gauche (côté nord) a été conservée sur 4,95 m de haut, c'est-à-dire sans doute presque, à la hauteur du linteau. Pour les cérémonies officielles ou les banquets, le Roi descendait directement depuis ses appartements situés à l'étage du secteur F (au-delà de la tribune) par un escalier monumental en briques crues retrouvé dans la salle 81 et entrait par la porte qui se devine au fond à droite.
Les alignements de trous repérés sur les longs côtés servaient vraisemblablement à recevoir des supports de tentures, aucun autre décor ne venant par ailleurs briser l'uniformité de la teinte beige ocre du sol en terre battue et des murs, eux aussi simplement enduits de terre. Ces textiles assuraient en outre la protection d'un revêtement fragile. Ils ont été restitués à partir de modèles de tapis ou de kilims traditionnels actuels, dont la tradition remonte au Néolithique si l'on en croit les plus anciennes peintures de cette veine (Djad'é, env. 9000 av. J.-C.).