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Les terrasses agricoles qui dessinent les lignes de contour des plateaux et montagnes yéménites sont le résultat d’un aménagement du paysage long de plusieurs millénaires. Elles préviennent l’érosion des sols et ont offert un espace pour la culture de la vigne, du café et plus récemment du qât.

Un aménagement pour prévenir l’érosion

La région des hautes-terres est constituée d’une succession de plateaux séparés de la plaine côtière par des escarpements abrupts qui constituent une véritable barrière naturelle. Cette région bénéficie de 300 à 400 mm de précipitations moyennes annuelles. Il est possible d’y pratiquer une agriculture sèche. C’est une particularité unique dans la péninsule Arabique. Cette agriculture n’a toutefois pu se faire que par l’aménagement de terrasses qui limitent l’érosion et le lessivage des sols.

6 000 ans d’aménagement du paysage

Les plus anciennes terrasses agricoles sont datées du IVe millénaire av. J.-C. Ce sont alors de simples murets établis en fond de vallée qui délimitent des surfaces cultivables à moindre effort. Au IIIe millénaire av. J.-C., les pentes sont également aménagées à proximité d’habitations éparses. Ce sont alors l’œuvre de groupes isolés, ne mobilisant qu’une force de travail limitée.

Au cours du IIe millénaire av. J.-C., autour de villages fortifiés et perchés, des aires de cultures plus vastes sont aménagées. Atteignant 150 ha, elles permettent à des communautés de quelques centaines d’habitant d’assurer leur subsistance par la culture de céréales tout en réduisant les déplacements quotidiens vers les champs. Au Ier millénaire av. J.-C., des bourgades de plusieurs hectares, implantées sur des replats au sommet d’affleurements rocheux, se multiplient et surplombent des domaines agricoles plus vastes. Ils sont là encore aménagés en terrasses. Les sources écrites de cette période témoignent de la formation de grands domaines fonciers aux mains d’une aristocratie tribale. Cette dernière est à l’origine d’une innovation hydraulique au tournant de l’ère chrétienne : le barrage.

Pour sa part, l’aménagement des terrasses agricoles s’est poursuivi de manière lente et continue, jusqu’à nos jours.

La vigne, le café, le qât

Outre les cultures céréalières, l’aménagement du paysage en terrasses a favorisé la culture de plusieurs plantes qui ont joué un rôle majeur dans l’économie régionale. La vigne d’abord dont la culture fut dominante dans les grands domaines de l’aristocratie tribale antique comme dans ceux du sultanat rasulide (XIIIe-XVe siècles). A partir du XVIe siècle, le Yémen devient un exportateur significatif d’une denrée nouvelle : le café. Sa consommation commence dans les cercles mystiques des régions côtières du Yémen, car elle permet de garder l’esprit lucide pendant les exercices pieux de la nuit. La réputation du café se répand en Égypte puis, au XVIIe siècle, la boisson est introduite en Europe et sa vogue devient considérable. Le café est alors cultivé sur le versant occidental des montagnes du Yémen. Le port d’exportation est Mokha. Les enlèvements réguliers de balles de café commencent vers 1660 et augmentent rapidement. Mais cette success-story prend fin lorsque le café est acclimaté dans les colonies européennes d’Amérique et d’Asie méridionale.

Si de nos jours le raisin et le café constituent encore des cultures majeures de la montagne yéménite, il n’est pas rare qu’ils aient cédé la place à une espèce devenue dominante : l’arbre à qât, dont la mastication de la feuille est appréciée pour ses propriétés euphorisantes. Il en est fait mention au Yémen dès le XVe siècle. Le danois Carsten Niebuhr, qui visita le Yémen en 1762, nous apprend que la mastication du qât y est continue. Elle est toujours un rite social incontournable parmi la population des hautes terres. Au point que sa culture supplante désormais les cultures de première nécessité.