Une découverte littéraire majeure

Lorsque Claude Schaeffer donna le premier coup de pioche en 1929 sur le site de Ras Shamra, il était loin d’imaginer mettre au jour les futurs témoins d’une littérature levantine antérieure à l’Ancien Testament.

La littérature ougaritique reste le genre littéraire le plus étudié du corpus ougaritique (langue et graphie). Se caractérisant par un style poétique, elle compte aujourd’hui une trentaine de textes qui, avec ceux de la pratique, contribuent par leur richesse et leur beauté à ressusciter la religion et le monde des dieux qui animaient la vie spirituelle d’Ougarit à la fin du bronze récent.

Ilu/imilku

Le groupe constitué par le cycle de Baʿal (6 tablettes) et par les légendes de Kéret, (de Danel) et d’Aqhat (chacune 3 tablettes) présente une profonde homogénéité tenant à leur lieu de découverte (la « maison du grand prêtre »), à leur datation (2e moitié du XIIIe-XIIe siècle av. J.-C.) et à leur auteur, Ilu/imilku, qui a pu être identifié grâce à la paléographie et à l’apposition de sa signature (colophon) sur cinq de ces tablettes. L’originalité de ce scribe est d’avoir mis en scène le thème de la royauté sous ses deux aspects complémentaires, divin, avec le roi des dieux, Baʿal, et humain, avec deux rois, Kéret et Danel. En outre, le cycle de Baʿal rend aussi compte d’un panthéon subtilement hiérarchisé.

Ces textes, tout comme, notamment, La naissance de Shahar-wa-Shalim, les noces de Nikkal ou encore le cycle ayant trait aux Mânes montrent que la frontière entre mythe et rite est poreuse. Ce constat, qu’on peut étendre à certaines incantations, amène à s’interroger sur les catégories littéraires traditionnellement retenues et sur la fonction des textes mythologiques.

Témoin exceptionnel de la culture écrite

De manière générale, cette littérature témoigne, à des degrés divers, des influences culturelles qui se sont exercées sur le royaume d’Ougarit. Si la religion qu’elle reflète contribue à éclairer certains passages bibliques, elle présente surtout de profondes similitudes avec celles des civilisations contemporaines de Syrie (Qatna, Emar, etc.). Aussi constitue-t-elle un apport inestimable à notre connaissance de la civilisation levantine, au moins pour l’âge du Bronze récent.

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